MADAME PLEURE.
Un peu plus courte qu'à l'accoutumée cette, désormais incontournable, revue des petits évènements et des grands drames vécus sur le net. La fatigue déjà ? Ou une semaine moins chargée en actualité ? Ou plus chargée en travail pour moi ? Bon qu'importe ! La voici.
Ça c'est ce que j'avais écrit en fin d'après midi . Évidemment vers 21 heures 30, samedi, j'aurais eu le ton un peu moins badin. Revue d'une semaine qui fait mal à la fin :
Lundi 9 mars
Évidemment pour nous blogueurs, s'il y a bien un sujet aujourd'hui, c'est le retour sur le devant de la scène de la loi Hadopi, déjà « Hadoptée » par le Sénat (pardon il faut dire loi « Création et Internet »). Et toujours pas de licence globale, le projet est donc clairement orienté sur la répression des comportements. Et à ce sujet, Mme la ministre de la Culture nous donne déjà des chiffres sur France Info. Il est prévu 10 000 avertissements par jour. Ca ne vous rappelle rien ce genre de chiffres donnés à l'avance ? Moi si : les quotas d'expulsions à atteindre. Preuve, si besoin était, que c'est bien une logique punitive qui guide le projet. Dans le discours de la ministre, je goûte tout le sel de son argumentaire selon lequel la licence globale serait injuste car elle s'appliquerait aussi à ceux qui aujourd'hui ne piratent pas. Comme si c'était aussi binaire... (terme approprié à l'informatique je vous l'accorde). Et je souris de l'argument selon lequel en faisant baisser (si on y arrive) les téléchargements illégaux, on va faire remonter les achats légaux. Ils n'ont donc pas compris que nous sommes (les 25-40 ans - oui je sais j'en ai un peu plus) la dernière génération à avoir un semblant d'habitude d'achat en matière de musique et que ceux qui nous suivent savent à peine comment est foutu un CD. Que la répression ne les amènera pas à la consommation d'objets qu'ils ne connaissent pas.
Faut-il pour autant juger que la situation actuelle, de téléchargements gratuits et non régulés est satisfaisante ? Je n'en suis personnellement pas sûr. Chez l'ami Dragibus, un débat intéressant s'est ouvert aujourd'hui (je ne sais pas s'il durera toute la semaine), en particulier sur la rémunération des artistes. De plus le texte de Dragi est excellent et résume bien la problématique. Pourquoi dès lors chercher ailleurs ce qu'on trouve chez les amis ?
Je change de sujet avec un début de dérive comme je les aime (litote) du genre de celles qui ont le don de me les briser menu. Voilà-t-y pas que maintenant ce putain d'accès à la voie ferrée n'était pas fermé à clef comme il l'aurait dû. Voilà-t-y pas qu'il n'y avait aucune signalisation pour prévenir qu'aller se promener sur une voie ferrée c'est dangereux et qu'il ne faut pas le faire. Et déjà se fourbit le procès de la SNCF. Je suis prêt à admettre la douleur de ce grand-père qui a perdu son petit-fils dans ce drame idiot, et comprendre que dans sa douleur il lui faille trouver des responsables. Moins par contre que ces billevesées soient relayées par une presse aussi bête. En l'occurrence pour le grand-père, le responsable c'est la SNCF, au moins pour partie. C'est vrai que son fils étant dans un état extrêmement grave, c'est un peu dur pour l'aïeul de l'accabler. Pourtant si on réfléchit ne serait-ce que deux secondes... Les douze personnes qui ont été impliquées dans l'accident sont des supporters du club "Les Ch'tis dogues de la Lys" à Outreau. Putain, en plus ils sont d'Outreau ; quand le destin vous marque, il ne le fait pas à moitié le salaud.
Mardi 10 mars
On commence ce mardi avec ce nouveau blog (du moins nouveau pour moi) dont le nom chatouille agréablement les oreilles : Bug Brother. Il y est question de cyber espionnage, cyber criminalité et cyber guerre. J'avoue que je ne connaissais pas ce dernier concept, mais tout va si vite aujourd'hui. Toutefois, l'auteur de l'article apparaît assez optimiste quant à la réalité des choses et plutôt pessimiste en ce qui concerne l'utilisation des peurs (et donc la cyber guerre) pour valider des demandes budgétaires importantes et surtout préparer l'opinion aux contre mesures qu'aiment à prendre tous ceux « dont le métier est d'être parano ». Article complet mais un brin complexe. Et, ce qui ne simplifiera pas la lecture, contredit par nombre de commentateurs qui n'ont pas l'air d'être de jeunes blanc becs comme moi en la matière. Bref, au bout du compte on est sûr de rien, ce qui est encore le meilleur moyen de se faire enfler par le premier ayatollah qui passe.
En parlant de dignitaires religieux, la semaine dernière, dans la suite ou plutôt dans l'ombre portée du puissant Traité d'athéologie de Michel Onfray, je m'inquiétais d'une éventuelle résolution de l'ONU qui permettrait toutes les dérives théocratiques. Ce n'est pas pure hypothèse que de craindre la main de Dieu quand elle s'étend sur les activités temporelles. En témoigne le ouf de soulagement des chercheurs américains qui huit ans durant se sont vus bridés dans leurs recherches sur le vivant par une administration Bush un peu trop illuminée par la clarté divine. Décidément les premiers mois d'Obama sont un sans faute. Ca ne durera évidemment pas, mais que les américains en profitent, ils ne l'ont pas volé. Et nous ? Et bien nous non plus nous n'avons pas volé ce qui nous arrive.
Comme par exemple cette double hypocrisie. Celle du Géant Noir, le pollueur pas payeur Total, qui, après avoir dégagé un bénéfice record de 14 milliards de dollars (soit pour bien éclairer les choses, plus de deux fois le budget du Ministère de la Justice qui est de 6,7 milliard d'euros), est incapable de préserver 555 emplois en France. Celle du secrétaire d'Etat à l'emploi, Monsieur Wauquiez, car il ne peut pas ne pas savoir que la stratégie du groupe (et les impôts qu'il acquittera) ne sont pas décidés en catimini, mais bien en lien avec Bercy. Mais ça évidemment...
Mercredi 11 mars
Évidemment aujourd’hui l’actualité est marquée, écrasée même, par le tir au pigeon mortel dans un collège d’Allemagne. Il paraît que le père du tueur avait plus d’une dizaine d’armes chez lui. Moi, mon père n’avait qu’un fusil de chasse où il fallait introduire des cartouches (une par fut, soit deux cartouches maximum). Si un coup de folie identique m’avait pris à mon époque collégienne, j’aurais fait moins de dégâts. Le pire, pour les victimes mais pas seulement, dans cette histoire, c’est qu’en dépit de toutes les explications qu’on tentera de nous donner, des raisons, il n’y en a pas.
On se contentera de revenir sur une histoire bien moins macabre : le cas de la nomination de monsieur Perol. La Commission de déontologie elle-même vient de le dire à demi mots, la loi qui interdit, depuis 2007, à tout fonctionnaire d’aller travailler dans une entreprise sur laquelle il a exercé un contrôle public et qui implicitement lui fait obligation de passer devant cette instance dès lors qu’il s’en va « pantoufler » (comme on dit), n’aura donc pas été respectée (dans l’esprit au moins). Et la commission d’avouer qu’elle n’a pas le pouvoir de s’auto-saisir d’un cas comme celui-ci. Il revenait donc à l’intéressé, ou à son corps d’origine (l’Inspection des Finances) de le faire. Va savoir pourquoi, ce ne fut pas le cas. République de plus en plus portée vers les régimes de bananes ?
Jeudi 12 mars
Aujourd'hui si l'on ne doit retenir qu'une seule nouvelle, ce ne peut être que la création du nouveau blog de Coolbeans, tout simplement dénommé « Covers ». Notre compulsif ami d'Argenteuil ne sait se contenter, comme nous tous qui sommes normalement constitués et avons une vie en dehors de nos claviers (sommeil, bouffe, boisson, baise et autres activités culturelles), d'un seul et unique blog. Et non ! L'homme a besoin d'un nouveau projet environ tous les six mois. Ce fut en son temps les deux abrutis au doux nom des « Indécrottables » qui amusèrent la galerie au moins six mois, puis de « La Girafe » (que je n'ai pas retrouvée) dont le long cou ne vint inspecter nos blogs que quelques semaines, sans omettre ses projets musicaux trop tôt avortés (« Cool Mix » et « Le Tralala Club » dont les derniers posts sont obstinément bloqués sur décembre 2008), les sites de paris en ligne qu'il anime (avant même que la législation ne change, ce qui place certainement « Les enfants de la Balle » en pleine illégalité) ou encore la fidèle relation de ses aventures radiophoniques, « Entrée Libre » dont la fréquence de retransmission équivaut à peu près à celle des articles défavorables au Chef de l'Etat dans le Figaro Magazine. Chef de l'Etat dont un voisinage de long terme (après tout Argenteuil c'est les Hauts de Seine) a dû entraîner chez notre ami un réflexe pavlovien d'imitation qui s'est focalisé sur l'hyperactivité.
Nouveau blog, nouveau concept donc. A partir d'un thème donné, à nous ses fidèles amis de trouver des pochettes d'album qui y répondent. Un brin farfelu, vous n'auriez pas tort de le croire. Et le premier thème que croyez vous qu'il fut : les cadillacs ? les santiagos ? les blousons de cuirs ? les Norton vintage ? Toutes thématiques promptes à réveiller les réflexes des vieux rockers. Non ! Les champs en pleine campagne ? les diligences ? les cabanes en rondin ? les ceintures indiennes ? Autres possibilités susceptibles de sortir de leur léthargie les fans de folk. Que nenni. Pour commencer, il nous a choisi.... les abats jours !! Cet homme est fou. Et après ? Les meubles Ikéa ?
Si même lui s'y met ! Oh pourtant je ne suis pas ce que l'on peut appeler un thuriféraire de Jacques Attali. Son parcours, bien sinueux à mon goût, son tropisme incessant en faveur des dérégulations censées mécaniquement et par le jeu de la concurrence nous apporter prospérité et plein emploi (antienne libérale qui commence quand même à sentir un peu le ranci depuis bientôt trente ans qu'on nous la sert), une certaine opinion de lui-même, autant de points (pas de détail) qui ne me le rendent que modérément sympathique. Mais lire cet article sur son blog a quelque chose de rafraîchissant ces jours-ci. Même si une des phrases me paraît pour le moins écrite à l'emporte pièce : « Absurde, parce que plus personne ne télécharge : on regarde ou écoute en streaming ». Heu là, vous vous avancez tout de même un peu Monsieur Attali.
Vendredi 13 mars
Ça, mine de rien, c’est flippant. Et c’est aussi un vieux rêve humain (non pas voler, ça c’est fait désormais). La télépathie ! Si on en croit cet article du Telegraph, nous avons fait un pas dans la direction de la télépathie. Des chercheurs, ont mis en place un protocole que l’on qualifiera d’assez complexe (informatique évidemment) qui leur a permis en se focalisant sur les flux sanguins au niveau de l’hippocampe (décrochez pas déjà !) de savoir (grosso modo) ce qu’avaient vu (dans une réalité virtuelle, oui je sais ça commence à être tiré par les cheveux) quatre jeunes cobayes (je dis cobayes, mais il s’agissait bien d’êtres humains, pas de cochons d’Inde). En d’autres mots, et c’est ce qu’explique le Professeur Eleanor Maguire (jeune rousse assez jolie, comme quoi ce n’est pas interdit de l’être quand on fouille l’hippocampe), les chercheurs ont pu, rien qu’en observant l’activité du cerveau, prédire ce que voyaient les cobayes dans leurs environnements virtuels. Étonnant non ? Flippant aussi je trouve (car nous n’en sommes qu’au début évidemment). Prochaine étape (regardez c’est au début de l’article) : savoir si quelqu’un ment ou dit la vérité juste en regardant les images de son cerveau ! Un rêve de flic ! Pas avant dix ans quand même (mais ça passe vite 10 ans !).
Et voilà que quand on ne l’emmerde pas en France, faut qu’il le soit à l’étranger. C’est râlant ! On est un chef de l’Etat sans histoire (non je déconne là) avec une jolie femme, on part quelques jours en vacances au Mexique (sous couvert d’une visite d’Etat), logé dans une somptueuse villa. Bref on va se détendre. Et non ! Faut encore qu’il y en ait qui aille lui chercher les poux qu’il n’a pas su éradiquer de sa tête avec la même persévérance que celle qu’il peut mettre à renvoyer chez eux les sans papiers, et qui s’interroge pour savoir s’il ne se serait pas fait offrir le voyage par un personnage un peu louche, voire peu recommandable. Et il faut en plus que ce soient des gueux du crû ! Des chicanos ! Armenda il s’appelle. Le fouille merde. Et Hernandez il s’appelle. Le riche prêteur de villégiature. Sarkozy il s’appelle. L'arroseur arrosé !
Samedi 14 mars
Je devais finir la semaine par une vidéo qui buzze parait-il très fort en Chine. Vous pouvez la regarder à partir de cet article. Je vous avoue que, même avec la traduction anglaise qui l'accompagne, j'éprouve de grandes difficultés en à en décoder les messages soi-disant implicitement subversifs. Mais bon c'est la Chine. A bien des égards, il nous faut regarder ça avec de l'humilité, la démocratie n'étant pas précisément le mode de gouvernance la-bàs. Oui regarder avec humilité et peut être aussi volonté d'apprendre. Qui sait, quand Guillon et Porte y auront été mis (à la porte - oups désolé -), puis que La bas si j'y suis aura été relégué la nuit à trois heures du matin, quand nos blogs seront poursuivis avec une égale sévérité pour mise en ligne de mp3 et atteinte à la dignité des plus hauts responsables, qui sait si nous aussi nous n'inventerons pas un personnage mi chèvre mi lama qui sortira trois insanités et que nous mettrons en ligne sur You Tube afin de passer outre la police spéciale du Web. Qui sait ?
Et puis 21 heures 30, je suis vautré à regarder Montpellier balbutier son rugby contre Biarritz qui n'est que l'ombre de ses grandes années, quand mon fils qui surfe sur Internet, m'appelle pour me le dire.
Je crois que ça a commencé avec la mort de Dominique en septembre 2002, cette sensation qu'on m'arrache une part de moi qui ne pourra plus jamais revenir, quand j'apprends la mort d'un ou d'une qui m'a accompagné depuis 20 ou 30 ans. Cette impression qu'on ne reviendra pas en arrière, quoique l'on fasse, que les jours nous assassinent en retirant de notre décor des repères sans lesquels on va se perdre peu à peu. Ça m'avait fait ça aussi avec Joe. Et là ce soir, en rajoutant ces quelques lignes à la revue de semaine, je commence juste à me rendre compte à quel point Alain aura été un jalon, une empreinte, une référence. C'est toujours quand on les perd que les marques nous manquent.

Bon dimanche quand même.
Thierry
RYS