Et une nouvelle semaine de brulée, qui nous rapproche de vacances amplement méritées, au bord du lac méditerranée (ça c'est pour me faire quelques amis dans le sud...), pendant lesquelles, évidemment ce blog sera à peu près aussi actif que l'a été le sémillant
Bernard Laporte pendant son passage au gouvernement (si, si, je vous assure, il y était). Mais il nous reste encore deux revues de semaine d'ici là.
Dont voici la première.
Allez Zou !
Lundi 13 juillet
Bon, il y a ces 366 salariés d’une entreprise (New Fabris) à Châtellerault (le trou du cul du monde, vous pouvez me faire confiance, j’y ai travaillé quelques jours), qui sont suffisamment en colère, et, apparemment, déterminés, pour faire péter leur entreprise à coup de bonbonnes de gaz si on ne leur verse pas le salaire de la peur. Ils ne demandent pas que l’Etat paie, d’ailleurs, ils veulent que ce soit PSA et Renault, leurs deux principaux clients qui allongent la fraîche.
Juridiquement, bien que n’étant pas un garçon très calé en droit, je serais fort surpris que ces personnes, en exerçant ainsi un chantage à la destruction du bien d’autrui, n’aient pas franchi la ligne. Économiquement, c’est un peu différent. On se trouve typiquement dans un conflit à trois acteurs : les salariés, les clients, les actionnaires. Les premiers, aujourd’hui au chômage, parce que leur entreprise a mis la clef sous la porte, ont crée la plus-value de premier niveau ; celle de second niveau étant réalisée par les ouvriers de chez PSA ou Renault. Cette valeur ajoutée qu’ils ont crée, a été vendue aux deux constructeurs automobiles qui l’ont ensuite intégrée dans leurs propres prix de vente, c’est-à-dire dans leur propre valeur ajoutée. Qui a servi, à payer leurs salariés, leurs actionnaires, et dans un marché concurrentiel, à tenir les prix de leurs voitures (c'est-à-dire à ne pas trop faire payer les clients). Aujourd’hui, dans l’usine de Châtellerault, il reste un peu de cette valeur ajoutée de départ que les deux constructeurs automobiles ont payé mais n’ont pas récupéré. Ce que disent les ouvriers de New Fabris, grosso modo, c’est : "exceptionnellement vous allez nous verser une prime sur la valeur ajoutée que vous allez créer à partir de nos produits, aux dépens de vos employés, de vos actionnaires et éventuellement de vos clients." Il y a donc un double conflit potentiel : entre les employés de New Fabris et ceux de PSA et Renault d’une part et entre les employés et les actionnaires de PSA et de Renault d'autre part (pour simplifier on laisse de coté les clients). La somme en jeu n’est pas immense mais elle n’est pas négligeable non plus : 30 000 euros pour 366 salariés, ça fait un peu moins de 11 millions d’euros. Si PSA et Renault versent, sur qui feront-ils ensuite porter la facture : leurs salariés ou leurs actionnaires ? Dans une logique purement patrimoniale (capitalistique si vous préférez), les dirigeants de ces deux entreprises ont tout intérêt à maintenir le niveau de leurs dividendes et à expliquer à leurs salariés que si les salaires ou les primes n’augmentent pas autant qu’ils auraient du, c’est à cause de leurs camarades de New Fabris. Diviser les travailleurs a toujours été assez payant.
Et au plan moral ou éthique, me direz-vous : est-il normal d’exercer un chantage sur un bien d’autrui pour récupérer une part accrue de la valeur ajoutée ? Non, bien sûr que non. Pas plus qu’il est éthique ou moral de le faire par le chantage à la délocalisation.
Mardi 14 juillet.
"Ça, c'est un concert que je n'oublierai jamais ! (...) Merci de m'avoir suivi tout au long de ces années. Oh Dieu, que je vous aime ! Nous sommes dans un sacré beau pays. Vive la France !" a-t-il dit avant de terminer son gigantesque concert, ou pour reprendre l’expression d’un commentateur, 700 000 rebelles d’un soir, qui courbent du lundi au vendredi, from nine to five, la tête devant leurs petits chefs, puis devant la flicaille et le bon dieu, et, pire que tout, devant la peur de n’être pas conformes, avant de reprendre leurs bleus ou leurs cols blancs le lendemain, l’auront acclamé.
« Vive la France », il peut le dire notre exilé national. Elle n’a pas été chiche avec sa gloire éternelle, la France. Selon des estimations, non contredites par le ministère de la culture, la petite sauterie du Champ de Mars aura coûté près de 1,9 million d’euros. En regard, le budget dudit ministère qui est de 2,8 milliard, connaît en 2009 une petite amélioration de ses crédits, à hauteur de 2,6% (soit grosso modo un surplus de pognon de 60 à 70 millions) ; on vient d’en cramer 5% en une soirée pour les beaux yeux de l’idole et le bon plaisir du Prince qui nous gouverne.
Beaucoup insistent sur le fait que Johnny a fait un bel effort en limitant son cachet à 30 000 euros. 30 000 euros, exactement la somme que réclament les « maître chanteurs » de New Fabris à Châtellerault.
Il y a des gens qui me font peur, qui m’ont toujours fait peur : les grosses têtes (heu je ne vous parle pas des crétins qui balourdisent chez Pieral, heu pardon chez Bouvard ; j’évoque là les premiers de la classe, ceux qu’ont toujours tout compris avant tout le monde et étudient déjà la leçon 3 quand pour vous la 1ère persiste à ne pas vouloir rentrer dans votre caboche mal foutue). Ceux qui ont 20/20 partout, même au bac. Tant est si bien que si l’on additionne les points supplémentaires qui sont donnés (au-dessus de 10) dans les matières facultatives, ces gonzes en arrivent à avoir des moyennes générales surréalistes. Comme ce dadais de réunionnais de 17 ans, (je dis dadais mais en fait je n’en sais rien, peut être qu’en plus il est beau gosse, sympa, et fan de Johnny Cash, mais c’est pour me soulager un peu quoi) ; à un pouième près, il finissait avec une moyenne de 21 sur 20. Il devra se contenter d’un plus « maigre » 20,92 sur 20. Voyez ses putains de note. Pas un trou, pas une impasse, pas une faiblesse. « Et vous monsieur Hendrix, vous venez d’où ? – Je viens de la planète Mars ! »
Mercredi 15 juillet
Ce pourrait être le titre d’un roman pour enfants, comme celui d’un conte : « l’extraordinaire histoire de la petite fille aux deux cœurs ». A ceci près qu’elle est vraie et que pour extraordinaire qu’elle soit, c’est aussi l’histoire d’une longue souffrance pour l’enfant et les parents. Dont on souhaite qu’elle soit enfin finie, mais rien n’est jamais certain dans des disciplines aussi complexes que la chirurgie et les malformations cardiaques. C’est à lire dans Le Figaro (je ne l’achète jamais, il m’arrive de le parcourir en ligne). Mais si je vous ai proposé cet article, outre son aspect scientifique tout à fait étonnant, c’est aussi pour que vous puissiez vous fendre la pèche en lisant la batterie de commentaires qui l’accompagne : une bande de fous de Dieu s’est ruée sur le phénomène et ils ne sont pas loin de demander à ce que tout lecteur du Figaro communie avec eux. Poilant. Et triste à la fois.
Dans ce papier de Rue89, Chloé Leprince, avec l’appui d’une magistrate administrative qui a préféré garder l’anonymat, tend à démontrer que la liberté de parole des fonctionnaires se bride depuis quelques temps. Les trois cas qui sont cités sont pourtant relativement divergents. Entre le professeur qui refuse d’appliquer des réformes, dont on pense ce qu’on veut, mais qui jusqu’à preuve du contraire ne sont ni manifestement illégales, ni de nature à mettre en danger une liberté publique, le commandant de police qui lâche sur Bakchich des documents administratifs assez discutables et enfin le gendarme qui a co-signé une tribune sur la réforme de la gendarmerie alors qu’il est aussi expert chercheur au CNRS, il y a clairement des degrés bien différents. Le premier, a sans doute le défaut de beaucoup d’enseignants, celui d’oublier qu’il est un fonctionnaire, et qu’il se doit de mettre, à ce titre, en œuvre la politique du gouvernement dès lors que celui-ci a été régulièrement investi. Ou alors il faut qu’il aille au bout de sa logique et démissionne. Que le Tribunal Administratif ait jugé illégal qu’on lui retienne 24 jours de salaire n’y change rien. Le cas du flic est moins net. D’une part, il a publié un livre « Journal d’un flic » qui semble-t-il n’a pas eu l’heur de plaire beaucoup à sa hiérarchie. Toutefois, il n’aurait pas pu le faire publier sous son nom sans accord de cette même hiérarchie. Ensuite, il donne des documents administratifs, jugeant qu’il pourra ainsi démontrer leur inanité. Pas n’importe quels documents tout de même : des fiches de renseignements. A-t-il franchi le devoir de réserve ? C’est possible. Passible d’une poursuite pénale ? Ça semble assez énorme.
Enfin, et là, ça ne lasse pas d’inquiéter, la double casquette de gendarme et de chercheur au CNRS pourrait bien être dommageable au 3ème. Et là on se demande dans quel engrenage on a mis le bras, si un chercheur, par nature indépendant, est tenu de n’écrire que ce qui plait à l’administration et au gouvernement. C’est quoi la suite ? La mise au pas des fonctionnaires de l’INSEE si leur calcul de la croissance déplait ? Celle de ceux du Ministère de l’emploi si le taux de chômage démoralise TF1 ?
Jeudi 16 juillet
Putain ces concerts dans les stades ! Où l'on rajoute des scènes pour satisfaire les délires croissants de ces concerts cirques. Mourir pour Madonna. D'accord mais de mort lente aurait pu dire Brassens.
Et ces deux articles, celui-ci et celui-là traitent du même sujet, rendent compte du même contrôle. Pourtant ils n'ont pas du entendre la même chose de la part du Président Seguin de la Cour des Comptes. Pour Les Echos, celle-ci épingle l'Elysée sur ses dépenses, pour l'agence Orange, l'Elysée a globalement bien géré le premier budget de son histoire. Problème du verre à moitié plein ou à moitié vide selon la façon dont on le regarde. C'est bien possible, puisqu'en fait les deux articles pointent à peu près les mêmes problèmes. Tout est dans cette phrase : "Des progrès ont été faits. Ils méritent d'être poursuivis et amplifiés", notamment "en matière d'économies possibles". Voilà, pour Les Echos il y a des progrès à faire, pour Orange, des progrès ont déjà été faits.
Bon, ce qu'il faut savoir c'est qu'avant 2008, il n'y avait pas de budget propre de l'Elysée qui tirait sur les dépenses de toute une série de ministère, et partant, il n'y avait surtout quasiment aucun contrôle (hormis celui proactif de M. Dosière dont on a déjà parlé). Et bon ce qu'il faut savoir aussi c'est que Les Echos c'est rien que des anti Sarko primaires. Et pis c'est tout !
Terminons cette (chaude) journée par ce petit florilège de déclarations assassines (le son est un peu faible) du tueur en chef de l'UMP, l'excellent Frédéric Levebvre. Je dis excellent parce que, au fond, dans son rôle de méchant, il l'est. Comme le furent avant lui les autres portes flingue (pardon portes parole) de l'UMP ou de feu le RPR, tels que Devedjian, ou il y a bien plus longtemps Bernard Pons.
Vendredi 17 juillet
Dieu l’a voulu ! Nom de d’la ! Si son représentant sur Terre se casse le poignet, vous aurez du mal à me faire croire que Le Patron, la haut, n’est pas au courant, et j’irai même plus loin, n’est pas, puisqu’il est omnipotent, responsable des faits. C’est con d’ailleurs : autant les commentaires louant Dieu pour le « miracle » de la petite anglaise affluaient (cf. plus haut), autant je n’ai vu sur aucune édition en ligne, de commentaires (hormis ceux de mécréants qu’il faut brûler vifs pour extirper le malin de leurs corps) pour remercier le Seigneur de ses bontés, mêmes si elles peuvent paraître un brin paradoxales puisqu’Il lui a pris l’envie de péter le bras de Ratzinger. Le Pape aurait glissé de son lit en pleine nuit. Quels sont donc les rêves ou les cauchemars qui agitent à ce point son sommeil ? Mais d’autres journaux évoquent plutôt une glissade dans la baignoire. Mais auquel cas que faisait-il donc en un pareil endroit au milieu de la nuit ? Les journaux tout au long de la journée n’ayant sans doute pas beaucoup d’autres poignets à fouetter (semble-t-il même en Indonésie où les poignets, explosés et détachés des bras qui les tenaient, se ramassent à la pelle) nous tiennent au courant des faits et gestes importants : le pape est rentré à pied à l’hôpital ; le pape a été opéré sous anesthésie locale pour réduire la fracture ; le pape a bien fait popo (non là je déconne, on n’a pas eu de bulletin de ce type). C’est rassurant cette unanimité pour suivre de près les grandes affaires du monde (vous allez me dire, à en parler dans la revue de semaine je ne fais guère mieux…).
Bon finalement, on a commencé la revue de semaine là-dessus et on n’a pas eu tort puisque New Fabris a fait école. Et que l’élève a dépassé le maître. A l’heure où j’écris ces lignes, les salariés de Châtellerault n’ont toujours rien obtenu. En revanche, chez JLG à Tonneins (Lot et Garonne), en copiant éhonteusement les mêmes méthodes, les travailleurs et les travailleuses (permettez que j’emprunte la rhétorique de « feue » Arlette) ont arraché leurs 30 000 euros au patronat. Comme quoi… En tout cas ne soyons pas surpris si le prix des bouteilles de gaz augmente dans les semaines à venir : soit les ouvriers vont en stocker un maximum au cas où, soit les patrons vont assécher le marché pour priver leurs salariés de cette dangereuse arme de négociation massive.
Samedi 18 juillet
La femme est l'avenir de l'homme a dit Aragon (qui, après ce qu'il avait pu écrire sur Staline, Thorez et l'URSS en général, n'en était plus à une connerie près). Peut être, mais la femelle ne semble pas être celui du gay pingouin.
Ainsi, quand Harry rencontre Linda, c'est Pepper qui trinque. Petite affaire à trois au zoo de San Francisco, ou Linda, la femelle donc, vient de briser le couple que formaient nos deux pingouins mâles, Harry et Pepper. Et cette petite histoire, somme toute éternelle, du mari, du mari et de la maîtresse (Feydeau dans le règne animal) a eu le don de mettre la blogosphère américaine en ébullition, certains prenant ouvertement parti pour le cocu de l'histoire (Pepper pour ceux qui ne suivent pas), d'autres, comme un site chrétien, excipant de ce fait divers pingouinesque, que preuve était faite que les relations naturelles sont nécessairement hétérosexuelles. Toute l'histoire est dans ce numéro du Los Angeles Times (en anglais). Le plus intéressant est qu'à la fin de l'article, on comprend que ce pourrait être l'appat du gain qui ait amené Harry à suivre Linda, puisque cette dernière serait, en quelque sorte, un beau parti. C'est avec cette touchante histoire de pingouins qu'on clôt cette semaine.
Et l'année dernière à la même époque ?
Nouvelle conclusion de la revue, inaugurée la semaine dernière pour le premier anniversaire de la revue de semaine, et que nous renouvelons bien évidemment.
Et bien, l'année dernière à la même époque, on parlait de la crise belge entre wallons et flamands qui s'approchait de son paroxysme, du baptême de la fille de Dieudonné avec le gros borgne comme parrain. On évoquait aussi le fait que l'inflation était particulièrement haute en France (la crise des subprimes n'avait pas encore commencé ses dégâts) mais sans commune mesure avec les 2,2 millions pour cent de hausse des prix dans le pauvre Zimbabwe. Et du Tour de France, encore, et toujours pour les mêmes raisons : un certain Riccardo Ricco, surnommé le Cobra s'était fait prendre les écailles pleines d'EPO. De Mandéla aussi qui fêtait ses 90 ans (et ses 91, aujourd'hui). De Roméro, le militant gay UMP qui s'élevait contre une décision des Laboratoires Roche d'arrêter leurs recherches sur le SIDA. Et du taux de pauvreté en France. Sur ce front, rien n'a changé.
Allez bon dimanche
Thierry
RYS