Ne soyons pas bavard en ce dimanche matin et concentrons-nous sur l'essentiel : la revue dominicale de semaine, par la France entière attendue ! Revue un peu plus courte que ces dernières semaines, mais, à la relecture, très (trop ?) politique.
So,
Let's Go !Lundi 15 février
La France a décidé de se démarquer de l'OCDE. Au plan des paradis fiscaux. Bonne chose ? A voir.
C'est que comme toute convention internationale, les pays signataires ont, c'est légitime, les facultés de l'adapter dans leur droit interne. Ce que fait la France, en quelque sort, en prenant des mesures d'application immédiate à l'égard des entreprises françaises qui joueraient à abriter leurs capitaux dans les pays que l'on qualifie pudiquement de « non coopératifs ». Avec des sanctions plutôt dissuasives au plan fiscal. Oui. Mais voilà, la liste que la France vient d'arrêter est plus modeste que celles des pays «gris» listés pas l'OCDE. Bien plus modeste.
Déjà pour des raisons liées au droit communautaire européen que j'ai un peu de mal à comprendre (mais ce ne sera ni la première, ni la dernière fois que les logiques de la construction européenne m'échapperont), aucun pays de l'Union ne peut être considéré comme paradis fiscal. Zut ! Exclus donc de notre liste de pays « pas bien sympa », le Luxembourg et l'Irlande. Hum, voilà qui est bien gênant (on rappellera juste que le fond de l'affaire Clearstream a trait à des positionnements massifs de fonds via le Luxembourg où ils échappent de facto à l'impôt). Plus ennuyeux encore, les états ayant signés des accords commerciaux avec la France échappent aussi à la liste infamante. Comme Andorre.
Au bout du bout, ne nous reste en ligne de mire un petit chapelet d'ilets des Antilles ou du Pacifique. Pas de quoi épouvanter les chefs d'entreprises et les conseillers fiscaux occultes (grassement payés pour « optimiser » la fiscalité des grandes entreprises).
Mais c'est promis, à partir de l'an prochain, la France se réserve le droit d'inclure dans sa liste des pays qui ne sont pas dans celle de l'OCDE. Bien. Mais si elle commençait déjà par faire correspondre la convention internationale et son droit interne, ne serait-ce pas déjà un vrai progrès.
Ah juste pour finir, il faut quand même savoir que l'OCDE n'est pas non plus extrêmement regardante, puisqu'il suffit à un Etat actuellement soupçonné, de signer 12 accords d'assistance administrative avec des pays tiers. Mais ce que n'a nullement interdit l'OCDE, c'est que des pays actuellement porteurs du tatouage de tricheur concluent des accords avec leurs homologues. On en arrive alors à ce genre de situation cocasse où Monaco peut quitter le wagon de la honte, tout simplement parce que la principauté a signé 12 accords avec autant d'autres pays ciblés par l'OCDE. Or, vraiment, un accord coopératif Monaco – Liechtenstein, ou Monaco – Bermudes, je me demande s'il faut en attendre beaucoup.
Il est des hommes que l'on catalogue bien trop vite, sur la seule foi de passages télévisés, où le moins qu'on puisse dire est que leur volonté didactique et de pédagogie de la réforme a plus de vertus narcotiques que réellement éducatives. Sur la foi aussi des caricatures qui d'eux sont faites, Les Guignols de l'Info ayant à cet égard un pouvoir qui, depuis l'élection de Chirac en 1995, m'effraie toujours un peu.
Bref, Edouard Balladur c'est l'homme austère et chiant par excellence, plus à l'aise pour décortiquer sa pensée en quatre points chacun agrémentés de deux sous-parties, que pour se déboutonner un peu en public.
Or qu'apprends-je ? Pour la Saint Valentin, le grand Doudou aurait consommé des mariages dans la village de Saint Amour. Neuf couples consommés ainsi à la queue leu leu, si j'ose dire. Il nous avait caché bien des choses notre ancien premier ministre de la seconde cohabitation tontonienne. Chaud lapin il est de facto...
Pardon ? Ah, mon service des télex, dépêches et vérification de l'information me signale que j'ai lu un peu de travers : Monsieur Balladur n'a pas consommé, mais il a confirmé des mariages à Saint Amour, pour la Saint Valentin. Ah oui, effectivement, voilà une certaine différence, la confirmation n'impliquant pas la chute de la cravate de soie. Bon, remarquez que c'est tout de même un bel effort de sa part, à Balla.
Mardi 16 février :
La nouvelle du jour n'a pas, à mon sens, fait suffisamment la une. Ou plutôt, si elle la fit, force est de constater que, hélas, une nouvelle chassant la précédente comme les nuages se succèdent dans un ciel de traine sans avoir le temps de nous lâcher leur pissée, on ne s'est qu'assez peu appesantis sur celle-là. Et pourtant elle est énorme, même si elle ne doit sans doute pas surprendre grand monde.
L'armée qui n'a jamais lésiné sur le sens du sacrifice, surtout quand les ganaches restent à l'abri, avait eu comme grande idée de vérifier la capacité de combat des soldats dans les zones nucléairement bombardées. So !? Quoi de mieux que d'envoyer quelques soldats, appelés tant qu'à faire, se promener avec une protection minimale sur une zone où l'on vient juste de tester une petite bombe atomique. Ça c'est passé il y a cinquante ans, entre 60 et 65, durant les trente glorieuses, en pleine guerre froide, durant le premier et le début du second septennat du Général de Gaulle. Autant dire il y a mille ans. Autant dire hier ! Oh, on pourra me rétorquer qu'ils ne sont pas les seuls les galonnés français des sixties, et que ces programmes dont l'objet était « d'étudier les effets physiologiques et psychologiques produits sur l'homme par l'arme atomique, afin d'obtenir les éléments nécessaires à la préparation physique et à la formation morale du combattant moderne » ont été largement mis en oeuvre en Union Soviétique. Certes, mais naïvement j'ai longtemps cru que toute la différence entre une dictature totalitaire (communiste ou anti communiste) et une démocratie, fut-elle gaulienne, se situait là : dans cette absence totale de scrupule dans un cas (puisque l'individu est appelé à se soumettre à la collectivité) et, a contrario, dans la pose de quelques robustes barrières morales dans l'autre. Ben j'm'a gouré !
Mercredi 17 février :
Ah c'est parti pour être d'un très très haut niveau le duel pour les élections présidentielles de dans deux ans ! Mais, non je ne parle pas de l'éventuel duel entre Sarkosy et DSK ou Martine Aubry (si Sainte Ségo ne se relève pas de ses cendres d'ici là, ou si Vincent Peillon ne décolle pas dans les sondages, sans compter bien sûr Manuel Valls qui peut fort bien gagner en sympathie, et puis, houla j'aurais grand tort d'oublier le rusé Laurent Fabius toujours prêt à se saisir de la moindre occasion, et aussi... ah non, non Jack Lang, là je ne crois pas quand même). Non j'évoque bien la guerre fratricide qui a commencé depuis déjà plusieurs années et qui pourrait atteindre son climax pour la présidentielle. A ma droite le preux chevalier Villepin, tout empanaché de sa récente mise ehors de cause dans l'affaire Clearstream, à ma gauche, le félon et vil Iago Sarkozy, expert en coups fourrés et traitrise (hum... chers amis, cette présentation n'est que le reflet des préférences sondagières des français qui place l'ancien premier ministre de Chirac bien plus haut que l'actuel titulaire du bail de Saint Honoré : mais soyez sûr que s'ils venaient à modifier leur jugements, les français, je saurais bien évidemment adapter le commentaire – oh, j'ai de la déyontologie moi ! -).
Bon, dernier épisode : Villepin tient un cochon dans ses bras, un porcelet, pour être précis ; tout petit d'ailleurs le porcelet.
Alors voilà, le mieux, pour ceux et celles qui n'auraient pas vu la vidéo, c'est de vous la laisser regarder.
Vue ?
Bon.
Moi je veux bien qu'il nous la joue au-dessus de la mêlée, en retrait des affrontements partisans, pour tout dire gaullien (on espère cela étant, que dans son acception du terme, gaullien ne signifie ni reprise des essais nucléaires, ni, a fortiori, ballade sur site contaminé pour les soldats). Moi je veux bien donc. Mais il me semble, même si je ne l'ai pas connu de son vivant, que MonGénéral ne se serait pas abaissé à ce genre de cochonnailles. Sur ce coup, Villepin, tout sourire qu'il soit, ne vaut guère mieux que le petit, dont un quidam croisé sur le marché, espère qu'il le débarrassera.
Celui-là devrait faire réflechir les hommes politiques qui se voient un destin national et historique. Ils ne choisiront pas ; c'est l'Histoire et ses méandres qui s'en chargeront pour eux. Qu'eut été De Gaulle sans l'invasion allemande, l'effondrement français et la compréhension, au moins au début, de Churchill ? Henri IV sans Ravaillac ? Vercingétorix sans César ? Bonaparte l'aventurier, sans les 10 années de Révolution marquées par les excès, le sang, les guerres, les famines, le désordre et au bout du compte, l'affaissement ? Les hommes s'inscrivent s'ils le peuvent dans l'histoire, mais c'est elle qui façonnera leur parcours, de façon juste ou injuste d'ailleurs.
Toutankhamon, hormis qu'il fut le fils de Akhnaton, premier apôtre du monothéisme, ne fut rien dans l'histoire des dynasties égyptiennes. Mais des archéologues il y a bientôt cent ans, en exhumant son corps et les richesses qui l'entouraient, en décidèrent autrement. Et le petit pharaon devint symbole de la puissance royale au même titre que son père ou qu'un Ramses II.
Or donc, les chercheurs ont bossé comme des morts de faim sur la dépouille royale avec tests ADN à l'appui. Et en arrivent à cette conclusion fort déstabilisante : si l'enfant fut bien le fils du grand Akhnaton, il n'était pas issu du ventre de la très belle Nefertiti. Qu'est-ce à dire ? Akhnaton aurait eu des maitresses ? Toutenkhamon ne serait qu'un batard indigne ? Non, point du tout, les savants nous rassurent : le gosse est né d'une femme elle même descendante d'Amenhotep III et de la reine Tiyi. Ouf ! Le sang royal est donc préservé. On attend quand même que Closer et Point de Vue se mettent sur le coup.
Pour le reste, les conclusions des scientifiques ne donnent pas trop envie d'échanger son destin avec celui de l'enfant qui allait devenir la plus célèbre momie au monde. Le jeune pharaon souffrait d'un grave problème osseux, s'est brisé la jambe, boitait... la totale, et pour couronner le tout s'est choppé un paludisme qui lui a été fatal. Pas gai la vie du fils du Soleil.
Jeudi 18 février :
Bon, tant qu'à faire, autant reprendre l'article du Figaro et laisser monter la colère en lisant les commentaires des lecteurs tricolores jusqu'au fond du slip, ordre-uriers jusqu'au bout de la dénonciation immonde ("est-on bien sûr que ce sont les policiers qui ont tué Malik Oussékine?"), et pour qui le sens de l'honneur se mesure à la propension aux mauvais coups dès lors qu'ils frappent la sédition et la chienlit.
Oui, Robert Pandraud est mort. Pour qui ne le saurait déjà, voilà un homme qui avait un tel sens de l'Etat qu'il préféra, lors de l'arrivée de la gauche au pouvoir, quitter ses fonctions préfectorales plutôt que de servir un gouvernement socialo-communiste, quand bien même ce dernier était l'expression de la volonté du peuple, et se placer auprès de Jacques Chirac dont il deviendrait un des hommes-liges (De Villiers a fait à peu près la même chose). Voilà un parcours typique de ces anciens résistants gaullistes qui s'étaient fait une certaine idée de la France (à l'instar de leur mentor à tous) et qui l'ont progressivement dévoyée jusqu'à se faire de la France une certaine idée personnelle. Dans la foulée d'un Pasqua, futur grand commis du SAC, Pandraud, avec qui il forma le couple ministériel comique persuadé de terroriser les terroristes entre 1986 et 1988, fut l'homme qui réagit aux évènements étudiants de 1986 avec une grille de lecture du même genre que celle qu'avait Papon sous les yeux lorsqu'en 1961 il s'est agi d'envoyer les bougnoules du FLN à la Seine. Alors que dans des conditions bien plus terribles, le Préfet en place à Paris en 1968 sut manier ses flics de telle sorte qu'on ne déplorât aucun cadavre pendant le mois des troubles, Pandraud et Pasqua avaient tellement bien motivé leurs troupes, qu'il fallut moins d'une semaine pour qu'un étudiant perde un oeil et un autre une main par la grâce des tirs tendus de lacrymogènes et pour qu'un Oussekine sous dyalise meurt sous les coups des voltigeurs.
Les voltigeurs ?
C'est que j'ai l'âge de les avoir vu en action ces commandos de flicards anti émeutes, justement en ce début de nuit où ils allaient dégommer pour le compte un gamin rue Monsieur le Prince. Un conduisait la moto et l'autre derrière agitait le gourdin et cognait, façon néanderthalien en colère, sur tout ce qui bougeait. S'ils enquillaient le trottoir, il était urgent de trouver la porte cochère qui ferait office de refuge. Obligé de se planquer dans les entrées des immeubles de la haute bourgeoisie parisienne pour éviter les coups des nervis sortis par l'abétissement de leur prolétariat pour servir de garde prétorienne à leurs ennemis de classe. Il y aurait eu de quoi en rire.
En quelques semaines, Devaquet et Monory chantres de la réforme des Universités, mais surtout Pandraud et Pasqua responsables du nettoyage du bled (heu pardon), du nettoyage de la rue laissée aux étudiants et aux anars firent plus que tous les militants socialistes réunis pour assurer la confortable réélection de François Mitterrand. Et je ne reviendrais même pas sur la phrase immonde lachée à la face d'un cadavre même pas refroidi. Sens de l'honneur en effet !!
Grand serviteur de l'Etat disent certains aujourd'hui. Sous Thiers incontestablement.
Détendons-nous avec cette brève, très con, mais qui m'amuse.
Si maintenant on prive la représentation nationale du rinçage d'oeil, alors rien ne va plus. Que sait-on de la difficile journée d'un député obligé de se farcir des textes d'une rare complexité dans des domaines aussi différents que la taxation différentielle des moteurs diésel ou que l'accès à tarification dégressive dans les maisons de repos post traumatismes (sans parler du débat indispensable sur l'identité nationale).
Alors de grâce un peu de charité pour ces femmes et ces hommes qui donnent le meilleur d'eux-mêmes (et qui au surplus doivent se taper Besson sur le banc du gouvernement) : laissons leur Tabatha Cash et Rocco Siffredi. Ils et elles y ont droit, nom didiou.
Comment ? Mes exemples d'acteur et d'actrice ne sont pas de première jeunesse ? Mais les sénateurs non plus messieurs dames.
Vendredi 19 février
Journaliste ça doit être un métier plutôt sympa. Quoique. Ca dépend. Piger pour la « Semaine de l'Allier » faut quand même le vouloir. Un peu. Déjà faut vivre à Moulins, ce qui n'est pas le plus facile. Encore que ce pourrait être pire : Vichy aussi c'est dans l'Allier. Et on n'y croise pas tant de robes que ça.
Ensuite se cogner les discours de rentrée du Sous Préfet de Montluçon, les récompenses des comices agricoles du sud Bourbonnais, ou le symposium des entreprises internationales de retraitement des eaux usées qui se tiendra la 3ème semaine de mars dans la riante cité balnéaire de Néris-les-Bains (non n'y allez pas c'est juste une connerie pour l'exemple), bref soutenir le rythme trépidant de la vie locale, c'est rude quand même. Et n'y voyez pas de parisianisme, je suis un pur provincial, à la base.
Mais si en plus, le fait du jour c'est la visite de l'immense ministre des Armées, Hervé Morin, ci-devant patron du Nouveau Centre, ce grand parti militant sans lequel aucune majorité ne peut se faire ni se défaire, ce volcan de la pensée politique moderne et dont l'empreinte est déjà d'une exceptionnelle profondeur, alors là, je dis qu'il vaut mieux être très grassement payé. En même temps, le seul fait de suivre ce fleuve de l'intelligence politique qu'est Hervé Morin c'est aussi une vraie forme de rétribution.
Car enfin, suivre cet étendard du renouveau politique c'est avoir l'extraordinaire chance de pouvoir religieusement l'entendre annoncer que son rêve le plus cher est d'entrer dans la Confrérie du paté aux pommes de terre. Avouez que dans une France qui ne se désolidarisera jamais du « Labourage et Paturage sont les deux mamelles... » ce sont des moments de cette ampleur qui vous font croire à la beauté de la vie. Même quand on écrit pour la « Semaine de l'Allier ».
On reste dans la campagne électorale (oui vous vous doutiez bien que le paté de pommes de terre campagnard avait de forts relents d'isoloirs), avec cet article de fond sur Slate.fr. Le principe de départ : prendre le cas de l'Alsace pour retourner l'argumentaire du livre noir des régions socialistes. En gros, que l'UMP balaye devant sa porte, la gestion, notamment fiscale de l'Alsace n'a strictement rien à « envier » aux 20 régions socialo-marxisto-vertes. Accumulations de chiffres tous plus convaincants les uns que les autres... jusqu'au twist final, où l'auteur démontre que suivant l'angle selon lequel on prend la photo, l'image sera fort différente. Une leçon à dispenser dans toutes les écoles de journalisme sur le thème du nécessaire relativisme des chiffres, qui sont depuis des années devenus l'alpha et l'oméga de toute analyse.
Samedi 20 février :
Et l'on terminera cette revue avec le brillantissime Elton John qui trouve encore le moyen de choquer son monde, lui qui pourtant en enterrant Lady Di en grands pompes il y a douze ans, était entré dans le rare et triste gotha des ex rock stars qui baisent (les mains) des reines et des princesses. Les fausses, pas celles de la rue.
Mais voilà, l'homme est d'abord un provocateur intelligent. Sent-il lui aussi, confusément, que la prégnance de Dieu et de la lecture du Livre de façon, dirons-nous, orientée, sert les intérêts des tenants de l'ordre le plus établi ? Sa réponse est remarquable : Jesus était un gay compatissant super intelligent. Gay, compassionnal, intelligent : trois mots qui ne peuvent que faire flipper un nombre conséquents de cathos bornés. C'est bien Elton, mais il faudrait encore un petit effort : dire que Mahomet était l'amant de Jesus par exemple.
Et la semaine dernière à la même époque ?
Rien mes braves ! J'étais en vacances, et je m'apprétais je crois à enregistrer deux émissions chez eul'Sonic Eric ; expérience que nous devons normalement rééditer dans quelques jours. La revue de semaine était en congé.
Bon, allez bon dimanche
Thierry
RYS