jeudi, septembre 30, 2010

C'est jeudi et c'est pas ravioli (#59)

Bonjour tout le monde.
(alors ce premier blind test sons et lumières, vous en pensez quoi ? hum ?) .

Bon, allez ce n'est pas le sujet ! Aujourd'hui, on est déjà jeudi. Alors hein, en avant les guitares, les contrebasses, les batteries minimales et les voix hoquetantes. Let's Go for real rock'n'roll !
L'ami Fabrice, au vu des blases des deux artistes précédemment mis à l'honneur ici (en l'occurrence Hardrock Gunter et Professor Longhair), me soupçonne de ne choisir les morceaux que sur la base des noms de leurs interprètes, pour peu qu'ils soient un minimum folkloriques, voire carrément anachroniques ou bizarrement exotiques. J'avoue que ce n'était pas le cas, mais qu'en me faisant ce procès d'intention, l'ami Fabrice m'a un peu poussé à lui donner raison cette fois-ci.

Dès lors, je reconnais que, grattant quelques miennes compilations de robustes rockers des origines, et autres proto rockers dans le style hillbilly, comme dans le mood rythm and blues ou le genre country and western, mais, à chaque fois ou presque, inconnus du plus grand nombre, j'ai moins écouté le titre qui pourrait égayer votre jeudi que maté les noms des interprètes. Et mon choix s'est porté sur l'homme à la tête de lune, si lunaire qu'il s'est fait de notre satellite terrestre, son nom de scène.

Moon Mullican n'est pas précisément le hillbilly singer le plus connu au monde. Et pourtant un rocker, qui est lui dort connu, cite ce monsieur comme une de ses influences majeures. Il s'agit du killer himself, Jerry Lee Lewis. On se doit donc, devanbt un soutien de cette importance, de ne pas s'arrêter à l'écume des choses (le nom à la mord moi le Texas) et se plonger avec intérêt dans la chanson elle-même. A ce sujet, d'ailleurs, je me dois d'être franc, la chanson que je vous propose aujourd'hui, Seven Nights To Rock, est la seule que je détienne de monsieur Mullican.

Le titre en question est un rythm and blues plus que correct, porté par une voix définitivement blanche (en ce sens qu'elle ne sonne pas du tout comme celle d'un noir chantant le blues) et finalement assez proche de ce que fit en son temps Bill Haley. Un bon hillbilly boogie en quelque sorte. Le titre est de 1956, mais 10 ans plus tôt, Moon Mullican faisait déjà rocker les radios avec "Shoot The Moon" (décidément il était marqué par l'astre nocturne). Tout ça est d'ailleurs parfaitement raconté dans sa biographie sur le site du Rockabilly Hall of Fame.

Bien, on peut écouter maintenant, non ? Fabrice doit être satisfait, j'espère.

Moon Mullican - Seven Nights To Rock (1956)

Allez, so long
Thierry
RYS

mardi, septembre 28, 2010

WCOTBT Saison 3 - Et voilà le grand départ!!

ET VOILA QUE LE WCOTBT EST DE RETOUR (et ce serait pas plus bête si j'arrêtais de crier, moi...)

Le Président, trop pris par de multiples occupations (comme compter le nombre des grévistes blogueurs qui prennent scandaleusement en otages leurs lecteurs, tout ça pour une pauvre histoire d'annuités contractuelles à assurer pour pouvoir arrêter de bloguer ; ou encore compter ses électeurs parmi la blogosphère, en se demandant pour quelle raison, ceux qui hier encore le portaient au pinacle, aujourd'hui le vouent aux gémonies - tout de même pas parce que il maintient sa confiance à son grand ami EW, qui depuis toujours tient les cordons de la bourse bloguique, et sait rencontrer les personnes influentes pour lâcher un peu de brouzouf, tout en leur garantissant en loucédé qu'ils auront une place de choix dans les nombreux jeux du blog, ou encore comme compter, pour se reposer, sur la modeste villa de sa vaporeuse épouse, sise sur les hauteurs de Montmartre, point de vue duquel il observe le calme empire de la foule muette mais admirative de ses derniers fidèles lecteurs) m'a confié la tâche de vous expliquer les nouvelles règles qui vont s'appliquer à cette nouvelle saison.

Et en bon lieutenant, je vais le faire !


Bon alors les classiques :

- Une épreuve tous les mois, qui démarre le 28 de chaque mois, hormis en décembre (because vacances de Noël, on la repousse de quelques jours) et hormis en juin (because vacances d'été, on l'avance de quelques jours) ;

- Un délai "raisonnable" pour répondre (par mail, à l'adresse habituelle: civilservant@free.fr), délai, un peu allongé par rapport aux saisons précédentes, puisque vous aurez 15 (quinze) jours pour répondre, le cachet de ma boite free, etc...) ;

- Et cette année pas de "spéciale", puisque les épreuves seront suffisamment diversifiées pour être spéciale à chaque fois.


Car en effet, voici les nouveautés de cette saison 3 :

- il s'agira d'un blind test "sons et images" (en même temps, je reconnais que le concept de blind test images, c'est un peu limite...) ;

- des points pour les épreuves "sons" ; des points pour les épreuves "images" et au total TROIS (3) classements (et donc trois lots - à ce sujet, ceux de la seconde saison, vont, très prochainement parvenir à leur vainqueurs respectifs, RegUs PatOff, Dirty Asphalt et Arbobo) :
- le classement général : pour celui ou celle qui aura collationné le plus de points sur l'ensemble des épreuves ;
- le classement "sons", pour celui ou celle qui l'aura fait sur les épreuves "sons"
- et le classement "images", pour celui... oui ok, il en reste deux ou trois qui suivent !


De quoi les épreuves seront faites :

- un classique blind test "pop rock" avec 6 extraits, et comme d'habitude, deux points par extrait (un pour le morceau, un pour le groupe ou l'artiste), pour donc un total de DOUZE (12) points ;

- deux "bouses" à reconnaître (m'est avis qu'il est un Dragibus qui pourrait cartonner sur ce segment), avec le même comptage de points que pour le "pop-rock", ce qui nous fait donc QUATRE (4) points à prendre ;

- l'extrait cinéma : il ne s'agit plus de musique (encore qu'avec les bouses on avait déjà quitté ce territoire), mais d'un court dialogue, sur la base duquel, il conviendra de reconnaître le film dont il est extrait. Ca sera, je crois, assez aisé et il y aura TROIS (3) points à prendre.

Soit pour les épreuves "sons", un total de DIX-NEUF (19) points.

- l'épreuve "eyes without a face", où vous devrez reconnaître DEUX (2) personnages célèbres, masculins ou féminins, acteurs ou actrices, rockers ou rockeuses, sportifs, sportives, hommes ou femmes politiques, etc. TROIS (3) points par bonne réponse, soit un total de SIX (6) ;

- et enfin, l'épreuve "pochette", où d'un petit bout découpé, il vous reviendra de reconnaître l'album en question, ainsi que le groupe ou l'artiste qui l'a commis, pour un total de CINQ (5) points.

Soit pour les épreuves "images", ONZE (11) points à récupérer.

Et au global, TRENTE (30) points par mois !

Is it ok ? Are you ready now ?
You're ?
So Let's Go !

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WCOTBT - saison 3 : Première étape :

- le blind test 6 titres "pop rock" à écouter et/ou télécharger ici : pop rock ; (je ne suis pas certain qu'il soit super facile...)

- la bouse n°1 : idem en cet endroit : bouse 01 ;
- la bouse n°2 : allez donc là : bouse 02 ;

- le court extrait d'un film à reconnaître est là : film 01 ; (là je pense que c'est assez simple)

- Eyes Without a Face :

Eyes number 1


Eye number 2 :



et, last but not least, Pochette nouméro uno :


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A vous de jouer, désormais !
Vous avez QUINZE (15) jours pour envoyer vos réponses par mail, à l'adresse habituelle, soit : civilservant@free.fr
ce qui nous amène donc jusqu'au MARDI 12 OCTOBRE MINUIT, pour jouer !

And now, good luck, amigos-gas !
Thierry
RYS

lundi, septembre 27, 2010

Retour vers le Week End (#04)

Sans vouloir vous faire flipper exagérément, laissez-moi quand même vous dire que ce billet porte le n°666. Allez donc, sais-t-on jamais, faire bénir un peu d'eau, et puis tant que vous y êtes fauchez donc un ou deux crucifix chez votre vieille tante Marthe, oh et puis tant que vous y êtes en allez vous quérir quelque curé new look, rompu aux pratiques de Grand Exorcisme via Internet, avant de vous plonger dans la lecture de ce, déjà, 4ème Retour vers le Week-end.


Alors par quoi est-ce que c'est-t-y qu'on attaque le week-end ? Ben je reviendrais bien sur cette phrase sublime de M. Paillé, de l'UMP (je ne le connaissais pas avant ça, ou alors c'était y a longtemps et puis j'ai oublié...), même si elle n'a pas été prononcée durant le week end et aurait pu prétendre au statut de phrase de la semaine, dans le Triolet de samedi.

"Le Chef de l'Etat est un mec qui en a". Classe ! Avant tout de même de préciser, si l'on n'avait pas tout à fait suivi : "Moi je dis, il en a du courage".
Des valets, prompts à dégainer la langue à godasses, tous les Chefs de l'Etat en France en ont eu depuis les débuts de la 5ème République. Mais le discours était un rien différent. Jack Lang brassait la langue fleurie et emphatique pour parler de Tonton, les barons du gaullisme en appelaient aux mânes de la résistance et du 18 juin pour sanctifier leur héraut (héros). Mais, honnêtement je n'imagine ni les uns, ni l'autre se lâchant sur le mode "Mitterrand c'est du couillu", ou "Mon Général en a dans la pantalon et il l'a prouvé, et pas qu'à tante Yvonne".

Il y a de ça déjà bien des années, le slogan de la campagne du Front National, dirigée comme d'hab. contre "l'establishment" était "Dites leur les 5 lettres !". Et juste en dessous, on pouvait lire : "L.E.P.E.N". Là aussi, on était dans la nuance...


Insolite, inutile et poétique, ce qui au bout du compte signifie indispensable, ce vol (si on peut appeler ça un vol, un saut de puce conviendrait mieux), avec un avion qui bat des ailes. Un "avion" de 43 kilos et des ailes qui font plus de 30 mètres d'envergure. Le tout entrainé par un pédalier, si j'ai bien tout compris. Et au total, un vol de 20 secondes. Retour à Clément Ader en quelque sorte.
Regardez la vidéo. Certes les ailes de l'aéroplane ne battent pas comme celle d'une hirondelle, mais c'est émouvant tout de même.


Sans rapport aucun, ce plaidoyer (pro domo) de Bernanke (le chef de la FED, la Banque centrale des USA) sur la science économique. C'est que ça n'a peut être l'air de rien, ou plus exactement l'air d'un débat abscons de spécialistes inaudibles aux communs, mais ce qui se joue derrière ces prémices d'affrontements généralisés chez les économistes, pourrait être de quelque importance dans les orientations politiques des années à venir.
Résumons.

Un certain nombre (je dirais même un nombre certain) d'économistes, remettent sérieusement en cause les concepts, osons même dire les paradigmes, à l'œuvre dans la pensée économique dominante depuis le milieu des années 70. Bon c'est un article assez long et en anglais économique, donc malaisé à lire.
Retenons que la critique de base que portent les économistes "rebelles", est que la pensée dominante aujourd'hui n'est pas loin d'être une pensée religieuse, au sens de pensée magique, qui se fonde sur un axiome autoproclamé mais jamais démontré (et en revanche souvent démenti) : les agents économiques sont naturellement rationnels et la somme des intérêts individuels converge vers l'optimum collectif.
Pensée qui était déjà largement majoritaire et irriguait la politique économique des gouvernements mondiaux, jusqu'au cataclysme de la crise 1929. L'arrivée de Keynes bouleversa la donne, avec la mise en exergue de l'importance des régulations assurées par l'Etat, de l'intérêt des déficits budgétaires comme moyen de relancer l'activité et d'orienter l'épargne (qui sinon va aisément se placer sur les actifs les plus spéculatifs et à court terme, sans lien aucun avec les besoins réels de l'économie) et de celui de la redistribution, comme mode d'assurer que les équilibres économiques ne pouvaient se fonder sur des creusements des inégalités et du chômage. Mais celle de Friedman, au milieu des années 70, remit les vieilles thèses libertariennes au goût du jour. L'État redevenait le problème en ce qu'il gênait les acteurs économiques dans leur liberté de s'enrichir. Qu'importe que se creusent les écarts de richesse dès lors que l'on recommençait à postuler que la somme des intérêts individuels, libérés de toute contrainte, constituait l'intérêt général ; qu'importe les bulles de court terme dès lors qu'il était affirmé qu'une "main invisible" assurait le meilleur équilibre des marchés. Tout ce qui pouvait entraver la libre concurrence devait être renvoyé aux poubelles d'une histoire qui avait d'autant plus définitivement choisi, que le mur de Berlin s'était écroulé. Libéralisation, dérégulations, dénationalisations et privatisations furent les maîtres mots, qualifiés de "réformes structurelles" qu'il convenait de mettre en œuvre partout.

Politique américaine, politique thatchérienne, mais aussi et surtout politique du FMI et de l'Union Européenne à laquelle se rallièrent tous les pays européens. Politique si puissamment relayée dans les gouvernements et les médias qu'il était quasiment impossible aux quelques voix discordantes de se faire entendre. Jusqu'à 2008.

Alors, qu'aujourd'hui Ben Bernanke prenne la défense de l'école dominante face à une fronde grandissante, n'est qu'une étape d'un conflit qui se joue entre des classes sociales aux intérêts diamétralement opposés. Et le patron de la FED a choisi son camp. Celui que servirent en leur temps Friedman et l'Ecole de Chicago, dite monétariste, à partir des années 70 : le camp d'une classe de possédants, d'actionnaires, d'héritiers, lassés d'être les principaux contributeurs à la redistribution sociale. Mais c'est là une autre histoire qu'il serait long de développer ici.


Et après cette purge, passons à la journée du dimanche. Consacrée, en ce qui me concerne, au chinage dans deux brocantes situés à quelques kilomètres l'une de l'autre et qui ont le mauvais goût de se dérouler le même jour.

La première, la grande, celle de Sainte Geneviève des Bois, se sera avérée bien moins riche en disques et CD's que ces dernières années. Et encore heureux qu'un brocanteur, ex employé de Naïve et autres labels a eu le bon goût de prendre un stand. Résultat, je repars avec quelques vinyles neufs (le dernier Faithfull, le Doolittle de qui vous savez, le Meet the Pipettes...) pour des prix défiant toute concurrence. Pour le reste, hormis une vague compilation d'Adam and The Ants à 1 euro, c'est chou blanc. En revanche, de ce que j'ai vu dans les "bacs", l'amateur de vieux enregistrements de Berthe Silva ou de Lucienne Boyer pouvait trouver son bonheur. Serait-ce l'indice d'un irrésistible come back de la chanson réaliste française, à tendance mélodramatique ?

Quant à la seconde, celle de mon bled, j'y suis arrivé sous une pluie de souche bretonne (crachin pénible en gros), et trop tard pour voir autre chose que des exposants en train de ranger le matos tout en fulminant contre le temps pourri. Serait-ce l'indice que les français ne sont que des grosses feignasses qu'il est urgent de remettre au boulot en supprimant 35 heures, 5ème semaine de congés payés et retraite à 60 ans (hum, ça c'est fait) ?
Bon j'ai quand même récupéré une compile des Shirelles à 50 centimes d'euros.

Voilà, pour ce week-end. Vous noterez qu'exceptionnellement je n'ai pas évoqué le match du Stade Rochelais en top14... Mais faudrait pas me pousser beaucoup pour que je me lâche sur l'arbitrage...

Bon, ben maintenant, il est temps de se mettre au boulot, amigos-gas !
A demain matin, pour la première étape du WCOTBT, 3ème saison (mise en ligne à 9h00).
Thierry
RYS

samedi, septembre 25, 2010

Triolet pour la semaine passée (#03)

Oui j'imagine. Oui, je sais.

Il vous faut changer vos habitudes. Opinion Way me le disait encore, il n'y a pas trois heures, juste après avoir réalisé un sondage dans le métro à la station Sablons, qui montre que 98% des français sont farouchement opposés à la grève contre la réforme des retraites, et un autre, parmi les habitants de la rue du Faubourg Saint Honoré qui détaille comment se répartissent les 95,3% de nos compatriotes enthousiastes devant la courageuse politique du Président, La Revue de Semaine réunissait plusieurs centaines de milliers de personnes qui communiaient ensemble tous les dimanche.
Alors évidemment, maintenant, avec le Triolet le samedi, et le Retour vers le Week End le lundi, nombreux sont ceux, qui déboussolés, errent sur la blogosphère, à la recherche d'un éventuel blog de Michel Drucker (celui de Delarue étant totalement enneigé...).

Mais vous allez vous y faire, je le sais.
Le Triolet c'est trois instantanés pour illustrer les cinq jours écoulés (image de la semaine, vidéo de la semaine, retour sur un évènement de la semaine, film de la semaine, fake de la semaine, insolite de la semaine...).

D'ailleurs cette semaine, c'est retour sur un évènement, insolite de la semaine (qui pouvait être classé en fake de la semaine) et photo de la semaine. Pour un Triolet un peu plus politique que celui de samedi dernier.

***


Le retour sur un évènement : nous emmène dans le Grand Nord.


Avec cette "cholie imache!!!", vous voyez à peu près où je veux en venir. L'extrême droite et la Suède.

On nous apprend en effet que la Suède rejoint le triste giron des pays riches (mais pas que) de l'Union européenne qui se traîne le boulet de partis populisto-xénophobo-simplistes, dont l'audience peut aller jusqu'à des scores forts impressionnants dans certains cas.
Ok, c'est clair qu'avec la sympathique affiche du viking prêt à bouter l'étranger hors des terres gelées où il est venu se peler pour le plaisir, on voit à peu près à qui on a affaire avec les Démocrates (sic) de Suède.

Pour autant, il me semble qu'il faut raison garder. Les extrémistes suédois viennent de réaliser le score faramineux de 5,7%. Si Marine Le Pen était cantonnée à cet étiage en 2012, nul doute que l'ensemble des commentateurs politiques autorisés annonceraient à grands coups d'olifant, la mort du FN. Ne nous a-t-on pas d'ailleurs déjà fait le coup ? Ne nous expliquait-on pas, au soir du premier tour de la présidentielle de 2007, que le magicien Nicolas venait de siphonner les voix de l'extrême droite française (qui venait tout de même de réaliser 10% des suffrages) ? ; ne nous en remettait-on pas une seconde couche, lorsqu'à l'issue du premier tour des législatives qui suivirent le Front tombait à 4,5% ? L'était morte la bête. Et bien morte. Avec un score à peu près comparable à celui des Démocrates suédois aujourd'hui. Alors vérité en deça de la Baltique et mensonge au delà ?

Il est vrai que le parti néo populisto-xénophobe de Suède progresse. Il est passé de 0,4% en 1998 à 3% en 2006 et désormais pas loin de 6%. Mais tout de même.
En revanche, voisins des Norvégiens qui eux peuvent se targuer d'avoir avec le "Parti du (sic) Progrès", le parti populiste de droite le plus puissant d'Europe (20% en moyenne), on peut comprendre que les Suédois aient quelques inquiétudes.

En fait, et reconnaissons-le ça a été dit par un certain nombre de commentateurs, le véritable évènement des élections suédoises, c'est que pour la première fois depuis que la social démocratie existe, celle-ci perd deux fois de suite les élections. Et au pays où est né cette doctrine, il est vrai que ça ressemble à une mini révolution.



L'insolite de la semaine (à moins que ce ne soit un fake) : nous ramène 108 ans en arrière.

Il y a une blague que beaucoup connaissent (enfin j'imagine). Où un antisémite, lancé dans une violente diatribe contre les juifs, en arrive à les accuser d'être même à l'origine du naufrage du Titanic. Car tout ça vient d'un certain Ice Berg.

Et bien il va peut être falloir ranger cette boutade au rayon des objets surannés. Il se théorise qu'en fait le dit iceberg aurait fort bien pu être évité car il avait été vu suffisamment à temps, mais que 'hélas, hélas, victime de la nouvelle technologie à laquelle il n'était pas habitué, le barreur aurait effectué une catastrophique manœuvre, en rapprochant le paquebot du bloc de glace au lieu de l'en éloigner.
Oui, bon, hummppfff. France Info relate, France Info s'en amuse un peu et France Info tend à démontrer que le Titanic vient, plus de 100 ans après sa mort, être à son tour victime du syndrome "on ne nous dit pas tout".

Bon. Alors je pourrai encore briller en société avec ma sublime vanne sur l'antisémite qui va jusqu'à accuser les juifs de la fin du Titanic. Je suis drôlement satisfait, moi.



La photo de la semaine : ne nous fait pas finir sur une note enjouée.

Photo récupérée sur le site de je ne sais plus quel journal en ligne, évoquant les Roms, et dont je ne suis pas certain qu'elle ait effectivement été prise cette semaine. Ce qui importe assez peu, les convois de bleus entourant les gris pour les renvoyer "chez eux" ne doivent pas changer d'allure d'une semaine sur l'autre.

Le premier point que je remarque, ce sont les visages. Nul ne pourrait dire en les regardant de près qu'il y a là un camp vainqueur et l'autre vaincu. On est à mille lieux, à cet égard, des photos qui montrent les cohortes de combattants vaincus et harassés, passant en défilé haillons, en deux rangées de soldats rigolards et clopes au bec. Ici, juste peut-on discerner un fond de sévérité chez les encadrants qu'accompagne la tristesse des encadrés.

Il y a ensuite ces bus, placés dans une telle perspective sur la photo qu'il est quasiment impossible de distinguer leur couleur et a fortiori ce qui est écrit. Leur rôle, on ne peut que le deviner, mas sans crainte de se tromper : "return to sender". En se tordant le cou, il nous semble que l'on peut tout de même lire "voyages" sur le premier d'entre eux, suivi d'une sorte de sigle publicitaire rouge, puis d'un mot illisible où l'on pourrait éventuellement lire quelque chose comme "Ingland". En cherchant sur Google, on tombe alors sur ce site, celui des "Voyages Inglard". La page "service autocariste" nous invite à louer un autocar avec conducteur pour "voyager selon nos envies". Celle sur les excursions ouvre sur les concerts de Noah au Stade France. On lui a dit à Yannick que la compagnie qui vend des billets pour ses concerts est aussi impliquée dans le rapatriement des "pas d'ici" ? Hélas, les tarifs ne sont pas en ligne. C'est dommage on aurait pu avoir une idée du coût du retour d'une cinquantaine de sans papiers.

Les deux derniers points ce sont d'une part la différence de taille entre les bleus et les gris. Grands sont les premiers, qui montrent ainsi plus facilement le chemin de la sortie aux seconds qui, parce qu'ils sont petits, pourraient bien le rater. Et d'autre part, cet appareil photo, flou, au tout premier plan, marque indubitable qu'il y avait plus d'un photographe pour immortaliser cette reconduite aux borders.

Médiatisation de l'action, absence de pathos, commerce du renvoi aux frontières, différence entre les hommes... mine de rien, en la regardant de près, cette photo est une parfaite synthèse de la politique menée à l'égard des étrangers mal nés. Ou alors c'est moi qui ai une imagination excessive. Oui, c'est peut être moi.


Allez, amigos-gas,
à lundi pour le Retour vers le Week End, et n'oubliez pas, mardi, le grand retour du WCOTBT qui démarre sa 3ème saison !

Thierry
RYS

jeudi, septembre 23, 2010

C'est jeudi et c'est pas ravioli (#58)

Chers ami(e)s, nous sommes jeudi, et donc on évitera les spaghetti, mais pas le blues de la Nouvelle Orléans, aujourd'hui.

Et oui retour au rythm and blues et blues d'avant le rock'n'roll, à moins qu'il ne s'agisse tout simplement de rock'n'roll d'avant le rock'n'roll, de proto rock'n'roll pour reprendre l'expression que j'utilisais la semaine dernière dans cette même série, au sujet de Hardrock Gunter.

Oui, avant 1954, avant que des blancs du sud ne s'en mêlent pour notre plus grand bonheur à tous, ils étaient déjà là, les Crudup, les Jordan, les Ruth Brown et compagnie pour insuffler dans les radios et dans les bouges, la saine subversion de leur musique mal fagotée, pas présentable, peu fréquentable, en un mot diaaaaablement excitante.

L'homme du jour, décédé il y a trente ans déjà (mais c'était en janvier, je suis un peu à la ramasse pour les hommages...) est un pur produit de la Nouvelle Orléans. Né Roland Byrd, il est tout autant bluesman, jazzman eu joueur de calypso ou de rumba. Et il a une de ces voix à vous faire passer celles de Cash et Cave pour le babil d'une jeune communiant n'ayant pas encore mué. Plus que réellement promoteur de rythm and blues, c'est avant tout un bluesman des années 40, style piano et big band, à la manière d'un Huey Piano Smith, son fils spirituel quelques années plus tard. Un homme à qui l'ami Tee Bo Chopin diffusé ici et que l'on retrouve dans la compilation Rockers Kulture, voue sans doute une large admiration post mortem.

Un homme chevelu, puisque c'est son surnom : Professor Longhair. Le titre que je vous propose aujourd'hui, qui n'est pas totalement d'actualité, se nomme Mardi Gras in New Orléans. C'est son plus grand succès, enregistré à l'âge de 31 ans en 1949. Bien que disparu il y a trois décennies, à une époque où Internet était à peine imaginable, vu que l'ordinateur familial moyen occupait tout l'espace du séjour, Professor Longhair a un site qui lui est dédié. Officiel et reconnu. Allez y lire sa biographie, très complète (mais en anglais). Et notez cette phrase que le pianiste prononça un jour : "When I started playing the music I was playing nobody knew what it was." Pas même lui sans doute. Toute l'histoire de ces proto pionniers qui défrichaient le terrain sans avoir exactement où ils mettaient les pieds. Hardrock Gunter, au moins, décida-t-il de lui donner un nom à sa musique : il l'appela rock'n'roll. Ça ne colle pas si mal que ça à ce que fit le Professeur au longs cheveux.

Enjoy !

Professor Longhair - Mardi Gras in New Orleans (1949)

Allez, tcho !
Thierry
RYS

lundi, septembre 20, 2010

Retour vers le Week End (#03)

Allez, haut les cœurs !
Bien sûr, c'est lundi. Mais vous savez que le week-end n'est pas tout à fait fini, puisqu'en ces lieux on fait retour vers lui.

Que s'est-il donc passé ce week-end qui mérite que l'on s'y arrête quelques instants ensemble ?

Et bien commençons par une mauvaise nouvelle pour la musicale blogosphère, avec la cessation définitive d'un des meilleurs blogs de la décennie passée (et de celle qui est en train de finir de s'ouvrir). Thanu tire le rideau et ferme There's Always Someone Cooler Than You. Pour tous les fans de l'américana, on ne pouvait craindre pire. Car que de noms, il nous aura fait connaître, l'aficionado de l'alternative country, le Pic de la Mirandole du néo folk urbain comme rural, l'Erasme de la pedal steel guitar, le Léonardo Da Vinci des guitares folk-rock. Comment lui rendre hommage autrement qu'avec cette vidéo d'un vieux rocker, qui eut son heure de gloire à la fin des seventies et que peut-être il aime :



A plus,
Thanu !



Le Pape, en Angleterre, s'est pour une fois exprimé sur un sujet qu'il connaît parfaitement : le nazisme. En pratiquant un raccourci saisissant, et tant démenti par l'histoire des religions, qu'on se demande dans quelle région secrète de son lobe occipital, Benoît Seize va nous chercher des inepties pareilles : "l'athéisme, ma bonne dame, ça vous mène tout droit au nazisme".
Établir ce genre de parallèle, au motif que les nazis ont exterminé les juifs (c'est globalement le point de départ de sa démonstration à Saint Pervers Pépère), c'est à peu près aussi intelligent que d'affirmer que le protestantisme ça vous mène tout droit au génocide indien, ou, dans un domaine moins grave, que aimer le football, ça vous mène tout droit au hooliganisme (pour la première des deux comparaisons, finalement, ...).

C'est surtout faire litière du rôle d'éminente résistante au fascisme et au nazisme tenue par la hiérarchie catholique durant la seconde guerre mondiale (jusqu'à son chef suprême, l'intrépide Pie 12), et même après (qu'on se souvienne où Touvier passa l'essentiel de sa cavale). C'est se boucher les yeux sur les évidentes connections entre la curie romaine et les régimes salazaristes et franquistes, profondément pieux, mais à la manière d'un Simon de Montfort.
C'est, enfin, se voiler les yeux devant le merveilleux spectacle que nous offre la prise de pouvoir de la foi sur l'humanité en Iran, en Afghanistan, ou dans les Jesus Camp américains.
Excusez moi, Benoît, mais je crains fort que ce soit l'excès de monothéisme qui, par son caractère eschatologique, jette les hommes dans les bras de l'intolérance et du néo nazisme (sous quelque forme qu'il prenne). Et pis merde, ça commence à bien faire, Benoît, votre collection de points Godwin. Que ça vous rappelle votre jeunesse, certes, mais gardez donc votre album pour vous tout seul !


Sans rapport aucun, nonobstant les assertions de Viviane Reding, à qui on offrira aussi un point Godwin, je pense que par ses coups de gueule contre tout ce qui bouge en Union Européenne, Nicolas Sarkozy ne fait peut être pas un si mauvaise opération. Au plan intérieur, s'entend. En témoigne cet article (certes du Figaro et certes à base de sondage OpinionWay) qui démontre que majoritairement les Français désapprouvent la Commission Européenne quand elle entend faire la leçon à la France.
La tactique de l'ennemi commun fonctionne toujours très bien. Et comme il n'est plus guère possible de ressouder un pays par une bonne guerre contre un ennemi en uniforme, regroupons nous contre des symboles qui nous agressent. Les Roms auront servi la cause un temps, voici désormais celui de l'épouvantail dont se servent tous (ou presque) les politiques français depuis deux décennies : Bruxelles !


Ce samedi soir, alors qu'habituellement je dis un mot rapide de l'avancée (difficile) de l'Atlantique Stade Rochelais dans le Top14 de rugby (bon je vais encore y sacrifier tiens : ils ont été défaits par Biarritz mais en engrangeant le bonus défensif, ils ont pris un peu d'avance sur Agen et Bourgoin, leurs deux adversaires directs dans la lutte pour le maintien, qui ont été sévèrement châtiés aujourd'hui), ce soir c'est de football que je dirais un mot. Saint Etienne, l'équipe qui symbolise pour des gens de ma génération le football français, est leader du championnat de France. Ce qui n'était arrivé depuis 29 ans !

Alors, certes, je sais bien que le foot a changé. Que même s'ils parvenaient à remporter le titre en juin et s'engageaient ensuite en Ligue des Champions, les Verts auraient bien du mal à passer le premier tour. Et que c'en est bien fini de l'époque un peu fleur bleue, où une équipe d'une ville moyenne du Forez pouvait jouer les premiers rôles en Europe, même si les poteaux carrés lui interdirent un titre suprême face au Bayern. Aujourd'hui les clubs se doivent d'être "compétitifs économiquement", "puissamment capitalisés", leurs achats de joueurs se chiffrent en centaines d'années de SMIC. On y a beaucoup perdu en suspense et en surprise, en passion et en ferveur. Je suis mal placé pour en juger, mais je ne suis pas sûr que pour autant, on y ait gagné en spectacle.

Allez, tiens cadeau :



Et dites vous que je suis, hélas, assez âgé pour avoir vu ça en direct à la télévision...


Que dire sur ce dimanche ?

A la lecture des quelques dépêches de la journée, il y a peu à dire (que Ségolène se replace dans la course au PS étant le type même du non évènement, par exemple). Au total, ce que j'ai vu de plus intéressant c'est un film, encensé par la critique, "Des Hommes et des Dieux".

Je comprend, après avoir vu ce film que l'encensoir soit passé dessus. Pas une once de pathos, des images splendides, quasi christiques par moments, un jeu fort de tous les acteurs. Un film remarquable. Mais qui idéologiquement parlant m'aura un peu gêné aux entournures. C'est qu'il ne prend guère parti, voire, à la limite, contre le pouvoir algérien (qui ne furent pas des enfants de chœur, mais rappelons-nous contre quels types de sauvages ils luttaient), dans ce passage où l'hélicoptère... bon je vous laisse y aller. Et surtout une scène m'aura mis fort mal à l'aise. C'est celle de la quasi paix des braves qui se joue entre un Lambert Wilson, "chef" du monastère et le patron d'une bande d'islamistes dépenaillés. Parce que l'un a parlé Coran à l'autre et que ce dernier connaissait Jesus (je vous la fait courte, mais c'est un peu ça). En soi pourquoi pas. Mais cinq minutes plus tôt, le fou d'Allah et sa bande venait de trancher la gorge à un groupe d'ouvriers croates, qui eurent eux le défaut de n'être pas habillés de bure et de ne parler que laïque. Je ne m'étendrai pas plus sur ce malaise, vue l'issue qui est promise aux moines de Tibéhirine, mais je pense que vous comprenez mon trouble lorsque l'on sous-entend, même involontairement, qu'il y aurait des victimes moins coupables que d'autres.


Allez, nous débutâmes sur la mort d'un blog, finissons sur la naissance d'un autre. Erwan, l'homme de Rennes qui s'est fait voler son cœur, a ouvert un nouvel espace. L'Amérique, en chansons, en images, en mode partagé. Très beau. Évidemment, le garçon, qui est LE fan ultime de Sufjan Stevens, reconnaît qu'il prolonge un peu l'idée de son mentor (faire 50 albums sur les 50 Etats). So what !? C'est un très beau blog. Il faut que je pense à contribuer de temps à autre. Ça s'appelle Erwan's Posterous et c'est titré 50 States Project.

Tiens cadeau, homme de Rennes :



Welcome back, Erwan !



Bon, ben au boulot maintenant.
Thierry
RYS

samedi, septembre 18, 2010

Triolet pour la semaine passée (#02)

Bon faut vous habituer, hein mais le samedi ce n'est plus chanson c'est Triolet.

Le Triolet, comme un retour sur les cinq jours qui, du lundi au vendredi, nous portent d'un week-end à l'autre.

Le Triolet, parce que ce retour se focalise sur trois temps (comme la valse chère à Brel), choisi dans les possibilités suivantes :
- retour sur l'évènement de la semaine ;
- la photo de la semaine ;
- la vidéo de la semaine ;
- le fake de la semaine ;
- le concert de la semaine ;
- le film de la semaine ;
- l'insolite de la semaine.

Le Triolet, où une (plus ou moins) élégante de se séparer de l'ex Revue de Semaine qui me bouffait un temps énorme, sans s'en débarrasser tout à fait.

Alors cette semaine, le Triolet, ce sera, phrase de la semaine, insolite de la semaine et retour sur évènement. Et rien que des choses sans intérêt (pas de retraites, pas de Roms, pas d'engueulades entre la Commission Européenne te la France, rien que des bêtises sans importance - il y a des semaines comme ça...). Sans intérêt ? Voire...

***


La phrase de la semaine : est à mettre à l'actif (?) de notre Président.

"[...] Le brave néandertalien qui avait parfaitement compris qu'ici, c'était plus tempéré qu'ailleurs, qu'il devait y avoir du gibier, qu'il faisait beau et qu'il y faisait bon vivre"
.
Nicolas Sarkozy, après sa visite privée de la grotte de Lascaux.

Salut à toi, le brave Néandertal !

On passera sur le caractère plus que régalien de cette visite dans un lieu totalement interdit depuis quelques années : Lascaux est en effet fermé au public depuis déjà longtemps, mais, jusqu'à il y a peu, quelques happy few pouvaient encore descendre admirer la véritable "chapelle sixtine de la préhistoire". Mais depuis, plus personne, hormis les scientifiques, n'est censé y pénétrer.

On passera aussi sur la petite cour emmenée dans son sillage dont il est permis de se demander en quoi elle représente plus que la coterie dont aiment à s'entourer les autocrates.

On passera aussi sur le refus de porter la charlotte de protection (il est vrai que la probabilité que les cheveux de Nicolas touchassent le plafond orné était faiblissime...).

Et on passera même sur la totale incompétence en matière de préhistoire de notre cher Leader, qui attribue les peintures à une espèce humaine disparue plus de 10 000 ans avant qu'elles ne soient peintes.

En revanche, on ne pourra que se pâmer devant la puissance du fleuve de la pensée d'où s'écoule une saillie aussi puissante que ce "[...] le brave néandertalien qui avait parfaitement compris qu'ici, c'était plus tempéré qu'ailleurs, qu'il devait y avoir du gibier, qu'il faisait beau et qu'il y faisait bon vivre". On sent, par ces mots, à quel point le chef de l'Etat a été puissamment ému par la rencontre avec les œuvres d'artistes ayant près de 20 000 ans. Combien il a senti le souffle du passage de nos ancêtres qui, pour célébrer un culte dont on ne sait rien, s'enfonçaient dans la nuit souterraine pour y graver ou y peindre un bestiaire, dans des conditions difficiles. A quel point l'extraordinaire témoignage qu'est Lascaux de l'humanisation de l'homme, de sa volonté de créer une cosmogonie face à un environnement hostile, l'a ébranlé et marqué.
Le terme de "brave néandertalien" ne traduit-il pas cela ? L'évocation du "bon vivre, du gibier" n'est-elle pas la marque de cette élévation de l'âme ressentie par notre grand sachem ?
Ça me parait peu contestable.

Du reste, moi-même, la première fois que j'ai vu le regard insolite de la Joconde, je n'ai pu m'empêcher d'exprimer combien il me semblait évident que "la brave Mona Lisa avait bien compris que le père Léonard payait bien pour une séance de pose, et que ça se sent dans ce sourire si particulier ; ce sourire de la femme qui va enfin pouvoir payer une Rolex à son homme".

Juste pour corriger à la marge l'exceptionnelle citation de Nicolas I, je conclurai en rappelant que lorsque les Magdaléniens ornèrent Lascaux, l'Europe vivait sa dernière glaciation et que le climat dordognot était à peu près aussi tempéré que celui de la Norvège aujourd'hui.



L'insolite de la semaine : se déroule à Belfort.

Voyez donc cette vidéo :



Qui est cette homme (ou peut être cette femme), qui dans un silence de cimetière, roule à très grande vitesse sur un vélo, tel un moderne Fantomas s'enfuyant, son dernier forfait commis ?

Libération nous apprend que cette scène s'est déroulée à Belfort et que le cycliste serait un justicier qui se fait appeler Cap Man. Mais qui est tu Cap Man ? Et quel est ton but ? Vers quelle destination mystérieuse quoique Belfortaine, glisses tu en silence sur ta petite reine ? Et d'abord, m'autorises-tu à te tutoyer, oh toi, suprême vélocypediste secret dont je ne sais rien ? Hein ?
A la date et à l'heure où j'écris ces lignes, cette vidéo a été visionnée plus de 200 000 fois. Que font donc les pouvoirs publics alors que l'angoisse grandit dans le peuple ?



Retour sur un évènement de la semaine : mauvaise nouvelle pour les révolutionnaires ?

Ce n'est pas un évènement. En tout cas pas au sens où l'entendent radios, télévisions et presse, papier et aussi, hélas électronique. Ceux-ci préfèrent faire leur gros titre sur le dernier prurit autoritariste du Chef, qui en pratiquant le coup de menton se met à dos la moitié ou les 3/4 de l'Europe (mais son calcul n'est pas si mauvais sur le plan de la politique intérieure : rien n'agace plus les Français que de se faire donner la leçon par des étrangers, quand bien même la France a tort). Ceux-ci préfèrent les bubons idéologiques de Ségo, ou la phrase toc choc de Dominique le Flamboyant portant en ses bras un porcelet. Ceux-ci privilégieront toujours l'écume à la vague. C'est ainsi.
Ce n'est donc pas un évènement. Et pourtant, cet article du Monde en ligne, rend compte d'un phénomène, d'une tendance, qui si elle doit se prolonger changera la donne actuelle, et les paradigmes communément admis sur la mondialisation.

C'est le cauchemar des révolutionnaires marxistes qui, après s'être produit en Occident, durant le 20 siècle, est semble-t-il en train de se mettre en place dans les pays émergents depuis une petite vingtaine d'années : l'émergence d'une classe moyenne. Dont on sait bien qu'une fois qu'elle est sortie du prolétariat, elle tend à prôner la poursuite du système qui l'a sorti de l'ornière. Et qui, par ailleurs, rend bien moins lisible et explicable aux masses, les concepts révolutionnaires de lutte des classes entre possédants et possédés, entre salariat et capital., entre bourgeois et prolétaires. Les classes intermédiaires ont toujours, historiquement, fait le lit des régimes qui plumèrent les communistes, soit par la manière douce (les sociaux démocrates), soit à la façon moyenâgeuse (les fascismes anti communistes).

Ainsi, donc, en Chine, en Inde, au Chili, au Brésil... se forge une petite bourgeoisie. Ainsi, donc, les mêmes causes produisant les mêmes effets, ces pays, grands bénéficiaires de la mondialisation par leurs coûts salariaux ridicules, leur absence de toute protection sociale, sont-ils en train de produire la future cohorte des inquiets du déclassement social, à cause de cette même mondialisation. En un mot comme en cent, bientôt le plombier polonais, comme l'informaticien indien ou le cadre chinois rejoindront-ils le camp occidental dans leur crainte du dumping social qui sera le fait, qui sait, de l'Afrique ou des ex républiques soviétiques.
Faut-il s'en réjouir, faut-il craindre ce mouvement ? Je n'ai pas de réponse univoque, mais j'ai tendance à penser que plus nombreux sont ceux qui craignent pour leur patrimoine, même modeste, plus forte est la réaction comme le libéralisme débridé. Mais je peux fort bien me gourancer dans les grandes largeurs.

Quant aux révolutionnaires, au fond, peut être n'ont-ils pas tout perdu. Car ce mouvement s'accompagne d'un creusement des inégalités dans ces pays émergents, creusement que nous connaissons aussi depuis 30 ans dans nos vieux pays, de sorte que la caste des sans rien grossit elle aussi. Et finalement, peut être que le vieux slogan "Prolétaires de tous les pays, unissez-vous" va redevenir furieusement tendance.

Bon, juste pour conclure, quand, plus haut, j'écrivais "bientôt", il fallait entendre dans quelques décennies.


Voilà, amigos-gas, c'était un second Triolet pour la semaine passée. Passez un bon week-end patrimonial (ce sont les journées du Patrimoine...), week-end sur lequel on fera retour, ici même, dès lundi matin.
Tcho !
Thierry
RYS

jeudi, septembre 16, 2010

C'est jeudi et c'est pas ravioli - le retour (#57)

Et revoilà la séquence du vieil auditeur (oui, hmpfff elle risque de tomber à plat celle-là, vu l'âge moyen du lectorat, le nombre d'entre vous qui se souviennent de "La séquence du jeune spectateur" doit ressembler à celui des grognards revenus entiers de la Bérézina.)

Revoilà, donc, notre billet hebdomadaire consacrée au rock'n'roll originel, au rockabilly, au honky-tonk, à la outlaw country, mais aussi au rythm and blues des années 40 et 50, qu'on nomme ainsi parce qu'il était avant tout le fait de noirs et que le rock'n'roll n'est médiatiquement né qu'avec Elvis, petit plouc blanc jouant le répertoire blues et rythm and blues. (Mais autant dire que le rythm and blues, c'était déjà le rock'n'roll).

Aujourd'hui, retour aux obscurs fondamentaux avec un artiste fort peu connu, dont le blaze ressemble plus à celui d'un teuton prêt à entonner une tyrolienne ou frapper ses deux mains sur son short de cuir à la fête de la bière de Munich, qu'à celui d'un redneck du sud des States. Et qui pourtant fut un précurseur. Qui appartient au proto rock'n'roll, si tant est qu'effectivement on admette que le rock'n'roll naquit dans le studio Sun en 1954, quand Presley vampirisa la chanson d'Arthur Crudup.

Hardrock Gunter, (et oui ça ne s'invente pas un nom pareil : un truc à terminer sa carrière dans les Scorpions ou chez Rammstein), est pourtant né au cœur de l'Alabama. Et son vrai nom était bel et bien Gunter (Sydney étant son prénom).

Mesdames et messieurs, attention toutefois ! Ne rions pas trop, voulez-vous, car nous sommes face à l'homme qui, le premier, c'est en tout cas ce qu'il prétend, dénomma sa musique Rock and Roll. Bien avant qu'Alan Freed reprit et popularisât le terme. Voyez son site officiel, tout y est écrit. On voit donc à quel point il est de juste de s'incliner devant ce monsieur, dont la postérité n'a pas voulu, mais qui le premier a donné un nom (à connotation évidemment sexuelle) à ce truc qui faisait bouger les popotins dès la fin de la seconde guerre mondiale.

Gunter n'eut qu'un seul hit, le titre que je vous mets en ligne, Birmingham Bounce (Birmingham n'ayant rien à voir avec Albion et tout avec la ville d'Alabama où il naquit). Écoutez bien le truc et vous constaterez que dès 1950, toutes les bases étaient en place. Notez même comment la rythmique n'est pas sans rappeler ce qui sera, quelques années plus tard, le fond de commerce d'un certain Bo Diddley (le Diddley Beat ou Jungle Beat).

Hardrock Gunter a connu, tardivement, la reconnaissance, tout particulièrement lorsque Nick Tosches lui a consacré un chapitre, dans son livre "Héros oubliés du rock'n'roll" (un petit salut au Sonic en passant, tiens!).
Ca doit être bon pour le corps la renommée qui vous arrive quand on ne l'attend plus, puisque notre homme a fêté ses quatre-vingt cinq ans le 27 février 1925, et qu'aux dernières nouvelles, il a toujours bon pied, bon œil.
Alors écoutons-le :

Hardrock Gunter - Birmingham Bounce (1950).

Allez, tcho,
Thierry
RYS

lundi, septembre 13, 2010

Retour vers le Week-End (#02)

Le lundi (au soleil, ou pas), à 9 heures du matin, le premier geste doit toujours être le suivant :
- allumer son ordinateur ;
- lancer Internet ;
- cliquer sur la page du Civil Servant
(que vous aurez précautionneusement rangée préalablement dans vos marque-pages).
(Mince, ça fait 3 gestes au total).

Le tout, pour retourner au week-end par la grâce d'un court billet qui revient sur deux ou trois babioles qui s'y sont déroulées. Évidemment, comme il s'agit d'un nouveau rendez-vous, faut s'habituer. Mais ça viendra. On en est déjà au deuxième numéro.


Qui commence par cet ennui supplémentaire pour notre Premier ministre qui n'avait vraiment pas besoin de ça. Qu'est-ce à dire ? Un membre du Cabinet de François Fillon contrôlé en état d'ébriété ? Et qui plus est méchamment vindicatif face à la maréchaussée qui l'avait pécho ?
Rien ne va plus.
Quoique. Ce n'est hélas pas la première fois qu'un de ces hauts fonctionnaires, totalement déconnectés du réel à force de passer leurs vies dans les cénacles fermés du simili pouvoir, bossant 18 heures par jour sans même se poser la question de leur réelle utilité sociale, finissent par estimer que leur position les place au-dessus de lois qui ne peuvent nécessairement s'appliquer qu'au commun.
Et puis, que voulez-vous, quand l'exemple vient du sommet de l'Etat !


Je n'aime pas les autodafés. Les souvenirs que ces feux de haine éveillent dans les mémoires sont si évidents que, même s'il s'agit de brûler ces livres de pure pensée magique et de légendes déraisonnables que sont la Bible, ou le Coran, (vous m'imaginez vous annonçant qu'un buisson en feu m'a parlé, franchement, hein ?), je ne peux que trouver que les réminiscences puent.
Il semblerait que le pasteur Jones, finalement, n'ait pas mis sa menace à exécution. Bon, parfait... Oui, ben en fait j'm'en fous un peu qu'il ait cramé ou non un Coran. Ce qui me scie le plus dans cette histoire, c'est qu'on en ait fait un tel plat médiatique. Il représente quoi cet halluciné de Dieu ? Une trentaine, une quarantaine de fidèles, tout au plus ? Des fêlés de ce type qui chient sur le livre saint de l'Islam (ouah c'est bô), il doit y en avoir des dizaines tous les mois, et on n'en parle pas, traitant, comme il se doit, leurs délires monomaniaquement monothéistes, par le mépris. Alors qui a donc intérêt à la veille de l'anniversaire de l'autodafé des Twin Towers, à monter en épingle les lubies semi-psychotiques du pasteur Jones ? A faire monter la sauce, jusqu'à ce qu'une planète entière soit suspendue à son bon vouloir à Jones ("nous vous en supplions pasteur, ne relancez pas la guerre de religion") ?
Pour être complètement franc, j'en arrive à me demander si ce sujet n'aurait pas dû être traité dans le billet "Triolet" de samedi, en tant que fake de la semaine. Genre truc qui détourne bien l'attention des sujets qui comptent vraiment. Et qui le fait fort bien... Mais si, regardez l'insertion en bas de l'article de 20 minutes :
"En raison de débordements systématiques sur des sujets du même type, nous nous voyons contraints de fermer cet article aux commentaires. Merci de votre compréhension."
Voilà ! Continuez, braves citoyens, à vous empailler pour savoir qui détient la vraie magie, et ne vous réveillez surtout pas.


D'un opium l'autre pourriez-vous me dire, dans la mesure où je reviens juste de Colombes où j'ai été regarder le match de rugby de Top14 entre le Racing et le Stade Rochelais. Et vous auriez objectivement tort. En tout cas en ce qui concerne le rugby. Car s'il y a clairement la possibilité d'avoir une lecture liturgique de ce sport (le don d'un ballon extrait d'un regroupement ; le caractère quasi eucharistique d'une mêlée ou d'un maul, ce partage de la poussée ou de la résistance à celle de l'adversaire, le don de sa personne pour récupérer un up and under face à la charge des gros du camp d'en face, la lumière qui jaillit du franchissement du 1er rideau défensif adverse...), je connais assez peu d'amateurs de ce sport, et guère plus de supporters que l'amour de l'Ovalie éloigne des réalités quotidiennes. En un mot comme en cent, il y a à peu près la même probabilité d'idiots autour d'un stade de rugby que dans n'importe quelle assemblée. Et j'aurais même tendance à penser que la probabilité d'en rencontrer est même un rien plus faible (alors qu'en football...).

Ce qui ne m'empêchera pas de vous dire que c'est un vrai scandale la manière dont l'arbitre nous a honteusement désavantagé en infligeant un carton rouge) à notre buteur à la 30ème minute de jeu, et que, pour autant les jaunes et noirs ont fait jeu égal avec les racingmen à 14 contre 15, jusqu'à 10 minutes de la fin. Et que non, en aucun cas je ne suis chauvin en disant cela. Le score final ? Hum... ne nous arrêtons pas à ça, voyons...


C'est en regardant sa fiche sur Wikipédia que je me suis rendu compte, moi le non cinéphile par excellence (plus nul que moi au blind test cinoche, t'es un ermite qui n'a pas vu la lumière d'une salle obscure de sa vie), que je me suis rendu compte à quel point Claude Chabrol était un cinéaste prolifique et populaire. La ligne de démarcation, Que la bête meure, Le Boucher, Violette Nozière, Les fantômes du chapelier, Lavardin, Poulet au vinaigre, L'Enfer... c'est impressionnant le nombre de ses films que j'ai pu voir. Oui, je sais il n'y a pas Le Beau Serge dans la liste, désolé.
Et dans cette liste, je n'en voie pas un de mauvais, ni même simplement moyen.
Ce qui est ma manière de lui rendre hommage, puisque beaucoup de cinéphiles sauront le faire savamment en démontrant tout ce qu'il a apporté au cinéma.

Pas la meilleure des fins de week-end, mais on ne choisit pas.

Allez bon courage.
A plus
Thierry
RYS

samedi, septembre 11, 2010

Triolet pour la semaine passée (#01)

Le Samedi : demandez le (nouveau) programme !

Fini la Chanson du Samedi, le samedi, retour sur la semaine qui se termine, le samedi. Mais là où avant, l'on se prenait le chou avec une (trop) longue revue de semaine, désormais, la semaine écoulée se réduira à trois clichés, censés en dessiner la stupidité, la folie, la passion, les haines, les joies,... la vie, en gros, telle qu'elle aura couru durant 5 jours.

Le tout sous forme de triolet : un triolet étant, comme chacun le sait, soit un type de poème composé de 8 vers sur 2 rimes, où le 1er, le 4ème et le 7ème vers sont identiques, tout comme le 2ème et le 8ème d'ailleurs, soit, je ne vous apprend rien, une division rythmique exceptionnelle en solfège, formée d'un groupe de 3 figures égales dont la somme équivaut à celle de 2 mesures dans un rythme binaire (amis du jazz bonjour), soit, enfin et tout aussi naturellement, une femme de Louis Aragon (oui c'est la madame en photo, en haut).

Notre Triolet à nous sera donc assez proche du concept musical, puisqu'il s'agit de "diviser" la semaine écoulée en trois temps, qui prendront, alternativement, les formes suivantes :

- retour sur l'évènement de la semaine ;
- la photo de la semaine ;
- la vidéo de la semaine ;
- le fake de la semaine ;
- le concert de la semaine ;
- le film de la semaine ;
- l'insolite de la semaine.

Voilà qui me laisse, à moi, un peu de choix. Et qui vous laisse, vous, totalement babas devant la puissance créatrice dont j'ai fait preuve pour mettre en place un billet hebdomadaire aussi puissamment conceptuel. Oui, je sais... Merci !

Commençons donc, dès aujourd'hui, par ce premier triolet pour la semaine qui s'écoula du lundi 6 au vendredi 10 septembre. Retour sur l'évènement, fake et photo au programme.

***


Retour sur l'évènement de la semaine :

Évènement, qui naturellement s'est déroulé mardi, avec les mobilisations d'ampleur contre la réforme des retraites, qui, outre qu'elle présente incontestablement quelques aspects assez peu équitables (le financement des retraites des cadres par les ouvriers ayant commencé à bosser en apprentissage à 16 ans - il leur faudra 46 années de travail pour atteindre la barre fatidique des 62 balais -), s'avère aussi lestée d'un pesant boulet : être défendue au plan politique par un ministre dont le moins qui se puisse dire est qu'il a une conception assez relâchée de la vérité, comme de ce que doit être le maintien d'un haut responsable politique.

Comme toujours lorsqu'un prurit de fièvre monte à notre noble visage national, il est bon d'aller voir ailleurs ce qu'il en est. Aux USA par exemple, grâce à cet article du Washington Post, que fort heureusement et avec un certain à propos, Marianne a eu le bon goût de traduire.

Comme vous pouvez le constater (si vous avez pris la peine de lire), les questionnements sont sensiblement identiques de l'autre côté de l'océan, et la soi-disant épidermique réaction quand à la nécessité de travailler plus longtemps, ne semble pas si épidermique que cela après analyse des arguments.
Ainsi, cet extrait : "Dans la mesure où l'argument pour relever l'âge de la retraite est que « les bénéficiaires de la sécurité sociale vivent beaucoup plus longtemps aujourd'hui qu’en 1935», il devrait être reformulé ainsi : « les bénéficiaires de la sécurité sociale ont tendance à vivre un peu plus longtemps aujourd'hui qu’en 1935, et c'est beaucoup plus vrai pour les bénéficiaires riches que pour les bénéficiaires pauvres», pourrait-il, mot pour mot être repris dans nos débats hexagonaux, tout particulièrement sur celui de la non prise en compte actuellement de la pénibilité. Est-ce rassurant ? Pas vraiment si l'on se fie à l'écart de perception entre le peuple (selon les sondages américains) et ses représentants, qui apparaît très comparable à celui que nous connaissons chez nous.

Cela étant, et pour conclure, on ne peut pas non plus totalement comparer la sécu américaine qui n'assure qu'une sorte de minimum retraite, complété ensuite par des fonds de pension d'entreprise, avec la situation française. Au, faible, niveau où elle se situe, la retraite par répartition américaine représente le rêve de Mme Parizot. Dès lors, mêmes si les discours semblent se rejoindre, les enjeux différent sérieusement.



Le fake de la semaine : est assez énorme !

Imaginez donc qu'une nouvelle thérapie de relaxation, et de lutte contre le stress vient de naître. Elle est basée sur le pouvoir de puissante détente qu'entraîne un orgasme lorsqu'il a été déclenché par un cunnilingus. La cunnisiologie ça s'appelle, et c'est totalement détaillé sur ce site (éloignez vos gosses quand même, même s'il n'y a rien de pornographique dans ce site internet).

En un mot, et pour reprendre les termes du site, "au carrefour des principes tantriques, du massage sensoriel, de la masturbation féminine et de la psychologie informelle, la Cunnisiologie, comme technique thérapeutique douce, est essentiellement basée sur le bien-être offert à la femme à travers l'attention portée à son sexe, afin de développer la jouissance génitale féminine, par le cunnilingus, parfois étendu à l'acte sexuel complet."

C'est pas merveilleux ? Et c'est totalement gratuit, au surplus.

Bon, évidemment c'est un fake, monté si j'ai bien tout suivi par un "artiste" belge, du nom d'Alain Detilleux, dont je n'arrive pas à savoir jusqu'à quel point il croit à ce qu'il fait. Ses "œuvres", en tout cas, sont elles, plutôt pornographiques (là éloignez vraiment les gosses). Alors ? Juste un type qui "fait de l'art" pour tirer sa crampe ? Peut être, au fond. Ce qui n'est d'ailleurs pas très différent des motivations de pas mal de rockers, non ? Mais, en fait, est-ce réellement un fake ?



La photo de la semaine, pour finir :

Cette semaine, j'ai hésité entre la photo juste en dessous, et une autre, amusante, réunissant les trois présidents de la République encore vivants. Car elle valait son pesant par l'air guilleret et vaguement supérieur de Giscard, et celui franchement las et dubitatif de Chirac, pendant que Sarkozy, de dos, tenait le crachoir.

Mais finalement, j'ai choisi cette poignée de main entre notre président et le Pape, en ce qu'elle nous parle, presque à livre ouvert, de la violence du combat entre les deux hommes.

Banale apparemment ? Et pourtant. Cette photo, récupérée d'un article du Monde, annonçant la possible rencontre entre Sarkozy et Benoit-Seize (il est temps pour le président de tenter de colmater le canyon qui s'est creusé entre la droite et une bonne partie des catholiques, son électorat naturel, quelque peu déboussolé par les images de mères roms traînée dans des avions), mérite qu'on s'y arrête.

Selon les vieux canons en vigueur dans la dramaturgie westernienne d'avant guerre, il est aisé de localiser l'axe du mal et les forces du bien dans ce cliché. Entrant par la droite, tout habillé de blanc immaculé, Benoit est le héros angélique venu terrasser l'hydre. A contrario, en noir et arrivant par la gauche, Nicolas ne peut être que le méchant de l'histoire, celui qui mordra la poussière sous le feu du vengeur angélique.

Analyse confortée par le jeu des regards. Alors que Benoît, sûr de son bon droit et God on his side, fixe avec acuité le petit homme en noir, ce dernier ne peut soutenir ce regard digne de celui d'Abel à Caïn, et détourne les yeux, prétextant de vagues photographes auxquels il doit sourire.

Voyez aussi comment les deux larges mains du Saint Père enserrent celle, solitaire, du démon, qui ne cherche qu'à la libérer au plus vite de l'étreinte, comme en témoignent les plis au coude de son veston, marques de l'effort pour reculer son bras. Enfin, notez que les témoins de la scène, militaires au garde à vous, sont tous rendus anonyme par la prise de vue, comme si le combat dantesque auxquels ils s'apprêtent à assister ne les concerne déjà plus.

Oui vraiment, elle est terrible cette photo, pour Nicolas Sarkozy. Et heu oui, j'ai aussi un peu d'imagination mal canalisée...


Voilà, vous l'avez compris, la nouvelle "grille des programmes" se met en place doucement. On retrouvera donc "C'est jeudi et c'est pas ravioli", la semaine prochaine.

D'ici là, lundi, "Retour vers le Week-End".

Allez, à plus
Thierry
RYS.

mercredi, septembre 08, 2010

Louise Féron - Le Passé Revenant.

La pochette…

Avant même d’écouter le premier morceau, la pochette expliquait tout.

Louise était assise sur un rocher en bord de mer, sans doute un rivage de leur Normandie. En arrière plan, en surimpression, la silhouette spectrale de Dominique. Très légèrement de dos. Regardant un ailleurs qu’il était seul à percevoir. Et que Louise ne pouvait partager.

Cette image disait tout de ce que je découvrirais à l’écoute des morceaux : un album concept sur l’histoire d’amour de sa vie, de l’aube au couchant, adret et ubac mêlés, marée haute et mortes eaux.

La pochette m’avait piégé. Chaque matin, je mangerai des biscottes au beurre de nostalgie.

Jamais je ne pourrai rédiger cette chronique, alors que je venais d’écouter un des plus beaux albums francophones de ces dernières années.

Louise Féron - Le Passé revenant

Comment écrire la première ligne sans raconter l’histoire ? Qui pourrait en comprendre la douleur et la peine, qui écouterait ce chant intime, si on ne lui les donnait les codes les plus élémentaires pour n’en être pas tenu à l’écart ? Il fallait donc en passer par là. Revenir en arrière. Vingt ans avant.

Revenir à cette époque, aux eighties finissantes. Lorsque la grâce d’une Rickenbacker lovait ses arpèges autour des mots ciselés avec la patience artisanale de ceux qui savent ce qu’écrire veut dire. Quand la plainte mélancolique de l’harmonica enrobait des paroles nuageuses qui venaient s’y réfugier, de peur de s’envoler et de disparaître à jamais. Un moment, béni des Dieux, empli de phrases, heureuses et douloureuses, qui trouvaient un écrin dans cette électricité apaisée sans laquelle il n’est de solitude que sécheresse et aridité. Lorsque Louise et Dominique tombaient sous le charme, comme sous la mitraille.

Si je ne parlais d’eux, de leurs amours, plurielles et complexes, si je ne contais un peu de cette saga normande, qui comprendrait ce que Le Passé Revenant disait ? Qui ?


Je crois que j’en étais là, c’est-à-dire à peu près nulle part, trois lignes griffonnées et aussitôt biffées, quand j’ai senti son souffle glacé sur ma nuque. Me retournant, j’ai vu ce visage blême, masque blafard, d’une pâleur intense, lunaire sous le feu rouge de ses cheveux. Je sais que je n’eus pas peur. Je crois que c’est parce que, tout de suite, j’ai compris. Et je me suis pris, surpris, à lui parler comme à une très ancienne amie, perdue de vue depuis de longues années, mais jamais oubliée.

  • « Je suis Maureen.
  • Maurine ?
  • Maureen. M.A.U.R.E.E.N. » épela-t-elle, « Maureen, Maureen. Je suis venu t’aider.
  • M’aider ? »

Elle fit silence. Prenant un papier, elle se mit à écrire, en gestes saccadés. Puis, lorsque elle l’eut noircie, elle me tendit la feuille. Son écriture tremblait mais je la déchiffrai.

"Quelle différence cela fait-il qu’on ait ou non connu l’histoire, puisqu’elle est éternelle ? Alors qu’il y a eu hier, qu’il y a aujourd’hui, et qu’il y aura toujours des couples déclinants, des amours arrachées, des levers de soleil et puis des nuits sans fins. Des déchirements brutaux ou des délitements insaisissables.

Dis-leur plutôt ça à tes lecteurs : qu’on a rarement aussi bien écrit l’absence et le vertige du manque. Dis leur que la voix de Louise est rare, qu’elle porte des mots précieux qui ne doivent pas tomber dans le bec de n’importe qui, au risque, sinon, de l’affèterie, du maniérisme pompier ; qu’il n’est donné qu’à une antique chevalerie, sublime et marginale, la grâce de faire rimer « antarctique » avec « platonique », « vigilance » avec « innocence » ou « corps » avec « âge d’or », qu’il faut savoir écrire une chanson pour se permettre d’y évoquer « un clair obscur qui souligne la minceur d’un corps tumultueux ».

Dis leur, idiot…"

Elle avait coupé là. C’était, mon Dieu, un beau début, une accroche parfaite. Oui bien sûr, Louise avait su plaquer des lyrics qui feraient pleurer des larmes de sang à l’écrasante majorité de ceux qui se prétendent songwriters. Je voulus l’en remercier et l’appelai par son prénom.

Elle se retourna vivement vers moi, le cheveu devenu brun de geai, couronne gothique encadrant son ovale laiteux, que perçaient deux trous noirs comme l’angoisse, deux trous noirs qui me fixaient :

  • « Je m’appelle Sandy.
  • Sandy…
  • Oui, Sandy, Sandy, et je suis venu t’aider ».

Elle n’écrivit pas mais me parla longuement.

"Au fond", me dit-elle, " quelle importance y-a-t-il à détailler, à ceux qui te liront, la part post-mortem de Dominique dans cet album. Quelle importance qu’il ait écrit 4, 5 ou 6 des musiques de cet album ? N’as tu pas senti que la nouvelle équipe qui travaille avec Louise, et Michael Drai qui a composé une partie de ce disque, sont comme un complément parfait, une prolongation évidente de celui qui est parti, il y a 8 ans déjà ? Pourquoi ne leur écrirais-tu pas que cette coloration pop, rock et folk-rock, que ces harmonicas, ces guitares, tantôt stoniennes, tantôt velvetiennes, tantôt byrdsiennes, que ce piano à la Cale, qui enlumine d’obscurité la ballade amère qui donne son nom à l’album, sont simplement l’écrin de diamant dont avaient besoin, pour briller, les mots de Louise ? Pourquoi ne leur écrirais-tu pas que ça ne se fond presque jamais un alliage aussi parfait, et que s’il a pour nom pop française, ses gemmes n’ont pas été très nombreuses. Hardy parfois, Jil Caplan quand elle collabora avec Alansky, Valérie Leulliot, Edith Fambuena… quelques autres que j’oublie sans doute ?

Écris leur ça, idiot…"

Elle s’en alla, sur quelques pas, et puis fit demi-tour. Devenue blonde et maigre, fantomatique, elle me lança :

« Thierry, dis-leur quand même que le voyage est douloureux, comme celui de Natalie et Warren dans ce film d’Elia Kazan ; dis-leur quand même que l’on n’en ressort pas indemne, qu’ont ait vingt ans ou cinquante ans, que l’on ait ou non connu l’histoire, que l’on ait ou non souffert du départ inopiné. Mais dis-leur aussi qu’il n’est pas plus beau moyen de se battre en duel contre sa détresse, ses tourments et son deuil ».

« Ah » ajouta-t-elle, « Ne me demande rien, idiot, je m’appelle Linda, Shaking Linda. Mais tu m’avais reconnue n’est-ce-pas ?»

Quand elle eut disparu définitivement, je savais ce que j’écrirai sur Le Passé Revenant de Louise Féron.

Il me vint alors la conclusion, et c’est par elle que je décidai de débuter mon papier. Je commencerai en réclamant qu’un jour il se trouve quelqu’un pour m’écrire une chanson comme « Je n’ai rien trouvé de mieux que toi ».


Louise Féron – Le Passé Revenant – Tarantula Music.

Crédits photographiques : Seb Petit – Photos provenant du Myspace de Louise Féron.




Chronique initialement parue (après écriture sous vague influence lysergique) dans le webzine Interlignage.

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Thierry
RYS