Little Bob : Time to Blast (2009). Piazza ne déçoit jamais vraiment (je parle ici pour le fan de son rock teigneux et graisseux, héritier du pub rock, de la soul, du rythm and blues et du rock'n'roll pionnier ; il est évident que l'aficionado moyen de rock progressif à la
Radiohead ne s'y est jamais franchement retrouvé). Quelques soient ses albums, on sait que l'on y retrouvera cette part d'authenticité, cette évidence de l'homme qui ne se reniera jamais, depuis plus de 35 ans qu'il creuse les routes du vieux continent.
Time to Blast n'est pas le meilleur album du p'tit Bob, même s'il marque une volonté appréciable de revenir à tous les fondamentaux du rock'n'roll (musicaux comme sociaux). Il contient toutefois quelques brulots qui ne dépareraient pas une future compilation de type
New Nuggets, dont l'objet serait de prouver qu'en dépit du triomphe du néo progressive rock à la
Muse ou
Radiohead et du folk ruralo bobo, il restait quelques authentiques rockers au début du 21ème siècle.
Morceau fétiche : I'm Alive.
Love : Forever Changes (1967). Voilà donc le seul album qui ne soit pas de 2009 aujourd'hui. Mais surtout, voilà le grand vainqueur de ce recensement. Acheté en janvier (et oui je n'avais jamais eu ce disque auparavant ; c'est la vie ; voilà ; y en a un que ça gène ? bon, ploum, ploum...). Avec donc un certain retard sur l'horaire. Et qui, logique de rattrapage (?), n'a guère quitté mon bureau pour rejoindre les armoires de rangement. Il est monstrueux ce disque. Il a été tant écrit sur lui que je vois mal ce que rajouterais de fondamental à son sujet. Le Summer of Love à son meilleur.
Jefferson Airplane renvoyé à des kilomètres (et Dieu sait pourtant que j'aime le groupe de
Grace Slick). On pourrait écrire des dissertations sans fin sur les guitares de ce disque, rien que sur les guitares, qui ont certainement influencé une génération de gratteux quelques années plus tard (comme
Tom Verlaine). Ou sur la construction de ces chansons qui comme aucune autre ont capté l'étrangeté de l'air du temps en cette année 67, ont retranscrit ce mélange de beauté et d'effroi de savoir que l'on basculerait bientôt hors de l'innocence. Dix ans plus tôt,
Heartbreak Hotel et
Great Balls of Fire se propulsaient au sommet des charts. Dix ans plus tard, une légion de hérissons en skaï déchiré hurleront qu'il n'y a pas d'avenir pour eux. L'année 1967 est très exactement au milieu de ce gué qui mène de la rive opulente et joyeuse vers le coté sombre de la farce.
Forever Changes en est l'impeccable bande son.
Titre fétiche : Live and Let Live.
John Mellecamp : Life, Death and Freedom - Live (2009). Version live de l'album studio sorti l'année dernière, et nouvel effort de Mellecamp pour sortir de l'anonymat hors de ses terres. On est proche de
Little Bob ici, tant par l'attitude intègre de
Mellecamp, que du point de vue des racines musicales.
John Mellecamp livre donc en live un album très introspectif où il est question de mort, de survie, de temps passé mais surtout et avant tout de cette Amérique qui s'est assise sur la promesse de ses pères fondateurs. De cette Amérique dont on aimerait pouvoir dire dans quelques années que c'était celle d'avant
Obama, d'avant néo new deal. Très court, 33 minutes, Life, Death... s'inscrit dans une tradition bien connue qui prend racine chez
Guthrie et s'enrichit du rythm and blues, une branche de l'americana dont
Springsteen a longtemps été le hérault. Et, au moment où, justement, le Boss enchaîne deux ratés consécutifs en pourchassant des mythes pop pour lesquels il n'a pas le profil, il est bon que les lieutenants sortent de l'ombre pour montrer que la voie existe toujours. Ce que fait fort bien
Mellecamp.
Morceau fétiche : If I Die Sudden.En son temps
chroniqué sur Culturofil, sur le mode "c'est bien ! discutez pas !"
Morrissey - Years of Refusal (2009). A peine sorti, en février de cette année, à peine décrié par une large majorité des blogueurs. Et, à nouveau, me voilà en désaccord avec le plus grand nombre. Ce qui peut fort bien se comprendre d'un point de vue purement générationnel. Je m'explique : à quelques années près, disons, quatre cinq, j'aurais fort bien pu comme un certain nombre d'amis d'aujourd'hui, naître à la pop (je vais me garder de parler de rock) avec les Smiths, vouer une passion particulière et non réfrénée pour
Stephen Morrissey et
Johnny Marr, les roses lâchées dans la foule de l'un et les arpèges clairs de l'autre. Au point de calculer chacun des efforts solo du Moz à cette seule aune, celle de
There's A Light, ou de
William It Was Really Nuthin'. J'aurais pu (quelque chose me dit que tel n'aurait pas été le cas, alors que la vague alterno commençait à lever, mais bon admettons). Or c'est l'inverse qui pour moi se passa : ces put. de Smiths débarquèrent au moment même ou s'écrasaient les dernières vagues rock sur la digue en or que construisait MTV.
Thriller Jackson triompha exactement à ce moment là - 1983 - Autant dire qu'il me fallut beaucoup de temps pour ne pas lui imputer la charge du lien de cause à effet. Idem, dans une moindre mesure, pour ces "
pédés de Smiths". Là encore, il allait me falloir du temps pour accepter de tendre une oreille sur
Big Mouth et autres merveilles du groupe. Alors autant vous dire combien est grand mon détachement lorsque j'écoute
Morrissey aujourd'hui. C'est un miraculé de ma discothèque. Un brin de tenacité en plus de ma part, et il ne passait jamais la porte du salon. Aussi aujourd"hui... Si je vous dit que ça m'amuse plutôt d'entendre les vieux fans transis s'outrer de le voir bander ses muscles et faire cogner son rock en le survitaminant aux amphets d'un producteur de punk FM amerloque, que ça m'amuse franchement de les voir plonger, têtes baissées, dans la provocation de la désormais vieille diva. Ne serait-ce qu'à ce titre, une réussite de l'année 2009.
Disque, en son temps
chroniqué sur Culturofil.
Morceau fétiche : I'm OK By Myself.
Jean-Louis Murat : Le Cours ordinaire des choses (2009). Laissons deux secondes sur le bord le coté ombrageux et difficile de l'homme ; concentrons nous juste sur cet album. L'auvergnat solitaire, avait-il téléphoné au
Moz avant, a lui aussi pris le parti d'enregistrer un album avec une production un peu plus roborative et bruyante que d'ordinaire. Mais, si dans le cas du Mancunien le choix allait laisser des traces, il n'en fut pas de même de l'homme des cavernes arvernes, qui a reçu un accueil franchement positif pour ce
Cours ordinaire des choses. Qui est effectivement très réussi. Avec sa dose nécessaire de poison, de cynisme et de misanthropie ; mais aussi d'écriture, toujours un peu borderline tant elle peut sembler ardue mais restant pleinement tenue. Disque d'un homme qui ne désespère pas de "
mourir sans compagnon"Morceau fétiche : La Tige d'or.Et lui aussi eut droit à
sa chronique sur Culturofil.
Mustang - A71 (2009). Et l'on reste en Auvergne pour finir cette série de six. Mais l'on change singulièrement de style avec LE groupe de rock'n'roll français de l'année (oubliez
Nico Teen Love des
BBB - oubliez l'atroce nouvel album des
Plasticines - put. mais comment peut-on faire un si mauvais choix après un premier album qui était très prometteur -, oubliez, oubliez tout ça!). Avec du style, des guitares claires, des mélodies, du métier. Et UN mec qui sait écrire du rock'n'roll fifties en français ! Pas lu de texte en français sur du rock'n'roll classique, qui ne frisa pas le ridicule depuis
Dactylo Rock et évidemment les adaptations de
Claude Moine. Période de disette apparemment terminée avec un phraseur finaud : la révolution a perdu un militant certes, mais le rock'n'roll français y a gagné un solide attaquant, qui n'a pas hésité à changer de pantalon (oui, vous me suivez, oui, il y a aussi du
Dutronc chez lui, référence je crois un peu omise dans la chronique que je fis du disque pour le webzine que vous savez)
Car, effectivement, devinez quoi ! Oui, bingo !
Chroniqué sur Culturofil.
Morceau fétiche : Le Pantalon.---------------------
Voilà c'est tout pour aujourd'hui. La fin de la liste avec mes six derniers choix, demain matin (ensuite, fermeture du blog pour deux jours, soit jusqu'à la veille du new year's day).
A plus,
Thierry
RYS