Point de Triolet pour la semaine passée, hier samedi.
Il faudra vous y faire pour deux ou trois semaines, mais mon emploi du temps, qui n'est pas extensible à l'infini l'enculé (je parle du temps, pas de l'infini, ni de mon emploi), va très certainement s'avérer peu compatible avec la rédaction de ces billets du samedi, dont je vous sens si friands... (en fait j'en sais foutre rien, et au bout du compte....).
En grosse feignasse que je suis, je me décide donc à ne point laisser le vide électronique envahir ce blog, comme une mire à l'ancienne, en l'emplissant de petits travaux réalisés pour d'autres sites que celui-ci.
Aujourd'hui : Miss Jesse Sykes, ses Sweet Hereafter, et son dernier album. Au cas ou vous n'auriez pas déjà lu ce papier sur le site "Interlignage".
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Instructif de mettre en parallèle deux albums sortis à quelques jours de distance par deux des plus belles égéries que le toujours affuté label Fargo a exhumé de l’anonymat où elles eussent pu végéter longtemps en son absence.
De poser, champ contrechamp les nouveaux disques des belles Jesse Sykes et Alela Diane. Même si ce papier n’a pas autre objectif que de parler de la première, en ignorant souverainement la seconde. Les rares lecteurs qui me lisent avec quelque régularité savent que je ne suis pas trop homme à cracher sur ce que j’ai adoré, encore moins au motif que mon icône personnelle est devenue la propriété de la masse (même plébéienne). Et que ce lieu ne sera pas celui où l’on dresse le bûcher.
Mais il n’en reste pas moins instructif, comme dans une affolante mise en abime, de constater à quel point les sentiers que suivent les deux femmes, après s’être croisés, suivis, accompagnés quelques temps, ont pris désormais des directions radicalement opposées. Quand l’ex-novice qui entonnait l’évangile du pirate, après avoir en première étape quitté l’austérité du Jourdain pour se diriger vers les enluminures du Temple, décide de poursuivre sa route païenne en lâchant tout voile pour les lumières des villes faciles, Jesse Sykes enfonce, encore plus profondément que dans son opus précédent, le stylet dans les plaies purulentes d’une âme sombre et complexe.
A ma droite, aux portes des drugstores, un album tout en inutile joliesse, que seule tient à distance du mauvais mainstream l’exceptionnelle qualité vocale d’Alela.
A ma gauche, aux lisières des franges, in the darkness on the edge of town, un disque de métaphysique hard, sous-tendu jusqu’à la brisure par les guitares désarticulées de Phil Wandscher, comme par l’impensable tessiture de la voix de Jesse Sykes.

Car, disons le tout net, si vous en êtes encore à la douceur amère, la tristesse retenue de Oh My Girl, passez votre chemin ! Ou plutôt non ! Oubliez tout ce que vous croyiez savoir sur Jesse et arrêtez vous. Plus qu’un instant.
Marble Son est d’abord une ode au bruit sombre qui jamais ne sera libérateur, à la distorsion maîtrisée sous Mogadon (si jamais quelqu’un a une idée de ce que fut le Mogadon).
Marble Son se révèle aussi une œuvre complexe, portant en elle tout à la fois les cris aux lamentos cruels et le soupir d’allégeance soulagée au mal qui nous ronge. Un disque de refus et d’acceptation, un disque au romantisme obscur et Jesse y chemine d’un pas de funambule entre un adret que le soleil déserte et l’attirante incertitude de l’ubac.
Oui, clairement, si Jesse prend l’inverse chemin d’Alela, le Jourdain vers lequel elle chemine, dans les souffles brulants du désert, ce Jourdain là est impropre au prêche de vertu. Et aucun Jean-Baptiste n’y pourra quoi que ce soit. C’est un Jourdain boueux, qui charrie la noirceur des âmes. Non d’ailleurs, ce n’est pas le Jourdain. Oh ! Non ! Ce n’est pas le Jourdain qu’elle rallie, c’est le Styx ! Le Styx des grecs, ce fleuve qui cerclait les Enfers et du monde terrestre les séparait.

Alors, c’est à vous désormais d’entrer dans ce monde risqué, vénéneux, mi baudelairien mi mallarméen. Vous y trouverez des plages de calmes trompeurs (Marble Son, Come To Mary…), mais comme ne l’indique pas le titre de l’album, d’un calme qui sous ses apparences marmoréennes cache les brisures qui ne tardent pas à venir en versets de colères, d’étouffements sous la dévotion (Hushed by Devotion qui ouvre le disque), marqués de riffs répétitifs entêtant jusqu’à la souffrance et jusqu’à la jouissance (Pleasuring the Divine, véritable sommet de Marble Son, dans lequel Wandscher pose, pour les cortèges de guitaristes à venir, les bases d’un alternative folk-rock du 21ème siècle qui doit autant à Jorma Kaukonen qu’au grunge et naturellement qu’au Neil Young de Live Rust).
Oui, c’est à vous d’oser entrer dans ce monde d’une étrange beauté, douloureuse et apaisante. Mais sachez le par avance, vous n’en sortirez pas indemne. On avait retrouvé la caméra perdue par les étudiants en quête de la Sorcière de Blair. Aujourd’hui c’est la bande son qui vient de surgir du néant. Écoutez là !
Ou retournez au drugstore, en jolie et inoffensive compagnie.
Marble Son, de Jesse Sykes and the Sweet Hereafter
Disponible depuis le 29 mars chez Fargo - En concert le 7 mai à La Flèche d’Or (w/ Lords of Altamont).
Crédits photographiques : Christine Taylor.
Mais ici, en plus, on a le droit de mettre un titre en ligne pour que vous vous fassiez de la chose une idée. So :Jesse Sykes - Hushed By Devotion ; Atchao,
Thierry
RYS